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Date :
De :
Sujet :
Provenance :
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Septembre
2000
Constantin
Le 2e effet Tibet
Lhassa / Tibet |
Voila donc le peuple
que nous avons vu, realite en flagrante contradiction
avec les versions idealisees et aseptisees de l'Occident
et de Dharamsala.
Voila donc ce monde
violent, inegalitaire, religieux, feodal, theocratique,
machiste, inefficient, paresseux, brutal, dangereux
- vrai, reel, humain - en chair et en os, pas en
nuees fantomatiques vaguement anthropomorphes qui
peuplent les megalopoles climatisees.
Nous avons partage
cette vie, subi des attaques de meutes de chiens,
ete arnaques, benis, accueillis ou rejetes - nous
avons vu des loups, des molosses et es fauves, des
rapaces tracer leurs hyeroglyphes dans le ciel -
aigles abrupts et vautours immenses -, et des hommes
armes partout. Nous avons bu l'eau des rivieres
et le the rance, mange et jeune, marche et peine,
armes nous aussi de frondes, de poignards et de
dagobas, dormi dans de freles au pied des glaciers
ou dans des abris miteux de camionneurs, nous avons
seduit, etonne, effraye, nous avons tire au fusil-mitrailleur
et au pistolet automatique avec des amis soldats,
Han et Tibetains, lors d'un pique-nique aussi bucolique
qu'arrose, nous avons enleve une jeune pute setchuanaise
de son bordel pour la ramener a ses parents, nous
avons ete arretes et mis en residence surveillee
par la police dans une ville interdite.
Nous avons vecu un
Tibet hors des autoroutes du Lonely Planet, de la
tibetophilie facile et du bouddhisme lyophilise
- plus pernicieux destructeurs de l'identite tibetaine
que toutes les revolutions culturelles possibles.
Nos compagnons, rencontres, amis ou ennemis furent
des lamas profiteurs, des bandits priants, des amazones
farouches, dans des bars, des temples, des bordels,
des forteresses et des tentes de nomades, tout un
tourbillon pacifique et guerrier de peuples tondus
ou chevelus. Des cavaliers armes, des moines errants,
Robin des bois et frere Jean, des fillettes effrontees
et des putes romantiques, des flics alcooliques
et des bergers tranquilles, des proletaires abrutis
et des seigneurs depossedes - dans des montagnes,
des plaines, des villes, des deserts, des villages,
des forets, des hameaux, des steppes et des campements
- tout un peuple de gueux magnifiques et de princesses
barbares.
Et c'est ce peuple
que nous avons aime.
Falk van Gaver et
Constantin de Slizewicz
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