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Date :
De :
Sujet :
Provenance :
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Septembre
2000
Constantin
Le 2e effet Tibet
Lhassa / Tibet |
Quant au peuple tibetain,
repute internationalement opprime et pacifique,
il est aussi bizarrement joyeux que surarme : outre
les armes blanches foisonnent en bandouliere fusils
de gros calibre a repetition, pistolets et revolvers
anciens ou modernes - mais aussi fusils d'assaut
AK-47 de l'armee chinoise, arme courante que l'on
peut negocier a 3000 RMB (soit un peu plus de 2000
FF). sans doute pour le tir aux pigeons. Mais que
fait la police ? Non content d'avoir cet arsenal,
le Tibetain decidemment pacifique a comme autres
elements decoratifs des frondes, des poignards,
des baionnettes-sabres et des dagobas - fleaux d'arme
au fer mortel. L'inventaire serait incomplet si
l'on ne mentionnait des chiens tueurs aussi enormes
qu'agressifs, aupres desquels les pires pitbulls
boostes a l'ecstasy sont des chatons inoffensifs.
Bien sur rarement attaches, ces braves toutous qui
tiennent du buffle et de l'ours se jettent sur vous
par bandes avec la tres nette et tres ferme intention
de vous reduire en lambeaux : alors, courez vite,
sinon, envoyez vos restes a Canigou.
Un grand jeu tibetain,
que partagent enfants et adultes - surtout lorsque
ces derniers sont ivres - est d'attaquer les bus
a coups de pierres. Et paf !, eclatent vitres, pare-brise,
se cabossent la carrosserie - et tant pis pour ceux
qui se prennent cailloux ou eclats de verre en pleine
gueule, il ne leur reste que les yeux pour pleurer.
Le Tibetain a un tres grand respect de la vie humaine,
certes, mais il est aussi tellement charitable qu'il
fait tout pour aider son prochain a se reincarner
- sans doute en yack - et a accomplir ainsi au plus
vite son cycle de renaissances. Non content de laisser
en toute liberte ses molosses meurtriers user de
leurs crocs, il fera son possible, s'il est chauffeur
de bus, pour s'envoyer lui et son engin surcharge
dans le ravin le plus proche, conduisant a fond
sur les pistes de montagne, il accelere dans les
virages et adore les derapages, l'aquaplaning et
autres droleries - oubliant aux moments critiques
l'usage d'un klaxon dont il aimme pourtant faire
un usage immodere en ville - et lorsque le brouillard
monte ou que la pluie deverse un rideau impenetrable,
il fonce alors, les yeux presque fermes, et a la
grace de Bouddha !
La charite, ici, consiste
a ne pas nuire a son prochain. Soit. Mais s'il creve
sous vos yeux, vous n'avez rien a faire, c'est son
affaire. Ainsi, a 5500 metres d'altitude, apres
une harassante journee de marche dans l'air rarefie,
ayant evite, le ventre vide depuis deux jours, les
attaques de chiens enrages sous l'oeil placide et
indifferent de leurs maitres et observe avec quelque
legitime inquietude les circonvolutions de loups
solitaires, il faut faire des pieds et des mains
pour faire comprendre au gentil et hospitalier montagnard
tibetain que oui, vous crevez de faim, oui, vous
aimeriez dormir sous sa tente. Apres quelques minutes
de palabres et quelques heures d'attente silencieuse,
s'il ne vous a pas lache ses chiens dessus, il vous
accueillera enfin dans sa tente immense, sa femme
servira a diner - tsampa, mouton et the rance au
beurre de yack -, vous dormirez du sommeil du juste
ou de la brute sur la couche agreable qu'il vous
a preparee, les narines caressees par le doux fumet
du feu de bouse, berce par le vent qui descend des
glaciers et les yeux remplis des myriades d'etoiles
qui clignotent aux ouvertures de votre abri des
cimes. Et vous repartirez le lendemain, repose,
le ventre plein et le sac allege de presents faits
pour remercier.
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