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Janvier
2000
Benoit Dallaporta
Noël a Cuba
Cuba / La Havane |
Le village est maintenant
plongée dans l'obscurité, il est un peu tard et
Moya s'en va. Je prends une douche puis direction
la rue principale pour voir ce que cette nuit me
réserve. La silhouette de Moya apparaît au bas de
la rue et il porte sa petite fille de trois ans.
Elle semble complètement endormie et je le soupçonne
de l'avoir réveillée et endimanchée pour me la présenter.
On passe devant le gymnase ou quelques jeunes jouent
aux dominos et m'offrent un verre d'eau de vie artisanale.
Gabriela, sa fille commence à émerger et me donne
la main en chantant. Je suis à nouveau surpris par
cette situation étrange. Que pensent donc ces gens
que je croise dans les ruelles du village ? Suis-je
le vieil ami de Moya ou plutôt le pauvre touriste
a qui il va soutirer quelques dollars ? On regagne
l'appartement des beaux-parents, la petite saute
sur les genoux de sa maman qui lui donne mécaniquement
son sein. Le beau-père n'a pas l'air commode et
commence a faire des réflexions sur Moya en disant
qu'il n'est qu'un incapable, qu'il devrait ce mettre
a travailler au lieu de rêver à devenir champion
de boxe. C'est l'anniversaire de sa femme et que
va t'il lui offrir? Rien comme d'habitude ? Moya
baisse les yeux mais ne dis rien. L'oncle de Moya
vient le prendre en aparté et lui offre un chronomètre.
Moya est aux anges et le met autour du cou. Je suis
heureux de quitter cet appartement où les sous-entendus
devenaient pesants. On marche à nouveau vers le
centre ville et je n'ai que la force d'aller boire
une bière. Je suis crevé et confus. Je prends congé
de Moya très déçu de ne pas m'avoir rencontré un
jour plus festif, il s'imaginait que l'on partagerait
peut-être une bouteille de rhum et que je lui laisserai
quelques dollars pour le cadeau de sa femme.
C'est bientôt 11 heures
du matin et au guichet du port la dame m'explique
que tous les bateaux sont pleins jusqu'au premier
janvier. Je lui explique que je ne peux pas passer
le Jour de l'An sur l'île et qu'il me faut rejoindre
absolument la capitale. Elle me dit de partir chercher
Luis, un gars avec une chemise jaune. Luis pourra
sûrement me trouver une place dans la Cometa qui
devait partir ce matin à 7 heures mais qui est tombée
en panne. Je paye en dollars et il m'explique que
le départ est prévu dans 20 minutes. Je pars en
courant faire mes bagages le voisin de ma famille
d'hôte me mène en moto jusqu'au port et me demande
si l'île m'a plu. Tant de misère et si peu d'espoir,
tout est trop confus dans ma tête. Dans le hall
de départ l'équipe de base-ball de Villa Clara attend
depuis l'aurore qu'une nouvelle Cometa arrive. J'attends
une heure au bar de cette salle d'attente bondée
ou un des gars me raconte des histoires de base-ball.
La Cometa est enfin prête et je me retrouve sur
le ponton central en compagnie d'une partie de l'équipe.
Après une petite demi-heure de bateau, la peinture
d'une des cheminée d'échappement commence à former
des cloques et à fumer anormalement puis le moteur
s'arrête. Le retour vers l'île s'impose et on sera
transbordé sur un gros catamaran à moteur. Sur ce
bateau, je suis assis à-coté d'un jeune père qui
voyage avec son fils de deux ans. Le petit ne semble
pas dérangé de passer des bras d'un passager a ceux
d'un autre. Un des jeune joueur de base-ball lui
donne le biberon pendant que le père sort fumer
une clope puis le passe à sa voisine qui lui raconte
une histoire. Un gars trimballant trente six oeufs
et une cagette de langouste pense que l'on arrivera
trop tard pour le dernier ouaoua entre Surgediro
et La Havane.
Je n'ai pas de chambre
réservée pour ce soir et il est plus de minuit quand
le ouaoua arrive au terminal de La Havane. Il pleut
très fort et après avoir visité une première chambre
pleine de cafards, je trouve une chambre dans un
bel appartement de Vedado.
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