Partenaires : Chemises sur mesure - Guide Casino - Voyage Amérique Latine - Enchères en ligne
Copyright © 2000 - 2008

Les News
Aventures & Itinéraires
Galeries photos
Les Mondes en Direct
Outils de voyage
Forums de voyage
Sélection du Web
TOP ou FLOP
My Carnet de voyage
Billets d'avion: comparateur de prix
Hôtels: comparateur de prix
Assurance & assistance
Billets Tour du Monde
Compagnies low-cost
Comparatifs des Agences de voyage
Comparatif des Guides de voyage
Voyager en voiture
Fonds d'écran
Fuseaux horaires
Météo
Saisons & Climats
Sécurité & Risques
Taux de change
Téléphoner
Visas
Contactez-nous
Espace membre
Inscription Newsletter
Publicité & Partenariats
Qui sommes nous ?
Revue de Presse
Plan du site
 
 
Comparateur de billets d'avion: anyway, opodo, lastminute, ebookers, go voyage, directours, marmara, vivacances, voyages-sncf
Accueil > Les Mondes en Direct > Noël a Cuba
Noël a Cuba
1 2 3 4 5 6 7 8 9 10

 

Date :
From :
Sujet :
Provenance :

Janvier 2000
Benoit Dallaporta
Noël a Cuba
Cuba / La Havane

Il me reste encore une petite heure de marche avant de rejoindre mes hôtes. A mon retour, je suis convié à partager le porc traditionnel avec ma famille d'accueil. Je suis heureux d'avoir été accepté à cette table. Même si je regrette d'être venu les mains vides. Le repas est composé de riz avec haricots noirs (arroz con gris) et d'un rôti de porc (puerco assado), au dessert des petites galettes et un paquet de turrón espagnol aux cacahuètes semble ravir le palais de mes hôtes. Personne ne parle pendant le repas. Tout le monde déguste religieusement. Fusent alors quelques propos aigris et ouvertement racistes de Pilar. Quel malheur d'être emmêler dans ce discours sournois en ce soir de Noël. Quel dommage, surtout que le facteur déclenchant est la visite de la sœur d'Oddán venue me livrer un message de la part de son frère. Mon voisin de table a plus de 70 ans et se lance dans un grand monologue politique, une longue justification historique du passé révolutionnaire cubain. C'est un bon élève du système. Il me parle de la dictature de Batista et loue les progrès apportés par la révolution, il reproche seulement la longueur de la "période spéciale" imposée par Castro à son peuple après la crise économique du début des années 90. Je commence à saturer un peu, il mâchouille un épais accent et sa discussion s'effiloche. Je repars faire un tour dans Chinatown mais rentre vite me coucher.

Au matin, je pars visiter le Musée de la Révolution, véritable étalage d'une propagande institutionnalisée. Que penser du système? En embrasser le rêve en oubliant ses atrocités? L'utopie a t-elle été rasée par les réalités des relations économiques et politiques mondiales? Tant de photos, tant de commentaires et de preuves accablant la dictature de Batista et l'impérialisme américain et en face la glorification des progrès sociaux et économiques apportés par le socialisme. La santé pour tous, la fin de l'illettrisme, les joies de la nationalisation et de la planification. J'essaye de comprendre ce que mon regard perçoit, ce regard hybride éduqué par de gentilles visions socialistes mais aveuglé quotidiennement par la cinglante industrie du rêve américain. Serais-je corrompu comme le prétendent les articles de propagande? Forcément… Je repars découvrir les ruelles sombres du quartier longeant le port. Les sources de lumières éparses transforment les flaques d'eau en miroirs usés. Au coin d'une place un bar. Aucun client n'occupe ses grands tabourets et l'étagère derrière le serveur en uniforme ne propose que trois variétés de canettes de soda, quelques paquets de cigarettes et deux bouteilles de rhum. Tout le décharnement d'un tableau de Hopper en noir et blanc. A un bloc du Floridita, bar à cocktail un brin aseptisé car légendaire, le Montserrat est animé par un groupe de musique cubaine traditionnelle. Le bar d'en face n'a pas de porte et étale ses quelques tables sur la rue. Je prends place sur le grand tabouret de droite, dos au bar, face à la rue. Un vieil allemand, trompettiste dans le groupe du Montserrat, vient commander un grand rhum. Il vit six mois en Italie et six à La Havane et m'assure que je me trouve dans le meilleur bar de la capitale. Il me présente Félipe, un guarito (paysan) maigrelet aux doigts tordus par l'arthrite. Félipe mâchouille un bout de cigare, dépecé et baveux. Sans dire un mot il me glisse un gros Romeo y Julietta dans la poche de ma chemise. Je lui donne un dollar, discrètement car de mon tabouret je peux voir trois policiers qui patrouillent devant le bar. Il tend un large sourire autour de son mégot et repart faire la tournée des tables glissant des cigares dans les poches des chemises des habitués. Il revient pour m'allumer mon cigare. Son accent de la campagne siffle entre ses quelques dents rendant la communication difficile, mais certaines anecdotes me plient de rire. Lazaro entre au bar avec deux amies. Lazaro à une bonne tête joufflue de trompettiste mais son accoutrement exagéré lui donne l'apparence d'un petit dealer. D'abord son bonnet Adidas noir mais surtout ses lunettes aux verres jaunes et sa collection de maigres chaînettes en or jetées sur son sweat-shirt gris. Ses copines sont d'une grande humeur et s'esclaffent à la vue d'une table de quatre personnes. Elles m'expliquent que ces deux petits gros, la cinquantaine usés par l'alcool sont deux riches suisses mariés à deux jeunes sœurs. Pour leur malheur, elles vivent à Cuba. Cette situation leur semble extraordinaire car elles trouvent les deux gars infâmes et ces pauvres sœurettes idiotes doivent se contenter de rester à La Havane. Je ne suis pas sur que ces deux jeunes filles pourraient être vraiment heureuses dans une banlieue de Zurich.


< Page 4

 

 


Aroundtheworlds.com est hébergé par Dreamhost.com