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Janvier
2000
Benoit Dallaporta
Noël a Cuba
Cuba / La Havane |
La pluie tombe toujours
et l'après-midi se termine, Oddán m'invite à visiter
là où il habite et à passer la soirée chez son oncle
ou une fête de famille à lieu. Il habite à quelques
blocs de ma maison d'hôtes. On monte dans une vielle
Lada. Je m'agrippe à ce qui reste de l'intérieur
de la portière et me revoit à l'arrière de la mythique
4L de papa Dallaporta. Direction Concordia entre
Oquendo et Marquez Gonzales, au cur de la vielle
ville juste un bloc après un ancien abattoir de
porcs. La porte d'entrée du numéro 607 a du être
arrachée par l'histoire et donne sur un sordide
couloir obscur qui nous jette dans cour intérieure
de l'immeuble. Le mélange pluie et crépuscule semble
déteindre sur les vêtements épuisés qui pendent
et dégoulinent. Des escaliers glissants, presque
vaseux s'arrêtent devant l'appartement 13. Angela
la mère de famille nous accueille, la soeur d'Oddán
berce une fillette. La pièce principale est à peine
meublée. Une petite télé en noir et blanc projète
un film américain de gangster des années 50. On
repart presque instantanément pour le marché ou
Oddán me demande d'acheter une bouteille de rhum.
On revient chercher le frère et la mère. Direction
Vedado. Une vieille maison et un intérieur peu meublé
mais plus coloré et bien plus confortable. Une grande
partie de la famille d'Oddán est réunie. Il me présente
à son oncle comme étant également son père "spirituel"
(le sien est mort d'un cancer à Miami). C'est l'anniversaire
de sa cousine elle a 29 ans. Je ne sais pas trop
si je me sens mal à l'aise car personne ne semble
surpris de ma présence. Je partage quelques phrases
de sagesse avec l'oncle et un autre gars qui semble
sorti tout droit de son chantier de peinture. On
me sert des verres de rhum artisanal et un assortiment
de salades de pâtes et de petits fours à la viande.
Une des cousines a voyagé avec son petit ami allemand
à Hambourg. La musique se fait envoûtante et Angela
insiste à me faire danser. Il se fait tard et la
pluie semble s'être apaisée. Oddán s'éclipse avec
une petite copine blanche et rondelette. C'est avec
sa mère et son jeune frère que je prends le chemin
du retour en marchant d'un pas léger dans les allées
boisées du Vedado bercées ça et là par des rythmes
de salsa.
Au réveil, je regrette
de m'etre fait resservir les verres de rhum artisanal.
Je petit déjeune en compagnie d'une américaine qui
étudie au Pérou puis pars me balader dans la vieille
ville, direction Vedado. Deux fois je me ferai aborder
par des jeunes articulant trois mots de français,
voulant me vendre des cigares ou me faire visiter
la ville. Il pleut très fort et Roberto insiste
à me montrer des cigares. Immense déception dans
son regard quand je refuse de les acheter. Sa maison
ressemble à celle de Oddán, même délabrement. Je
repars vers l'Université puis entre dans les rues
de Vedado. La nuit est tombée et alors que j'arrive
à l'extrémité ouest du Malecón, là où Vedado devient
Miramar, je me rappelle que c'est la Noche Buena,
la veille de Noël. Les immenses vagues blanches
de la veille ont gagné en puissance et surgissent
de la pénombre en retombant, en salves fracassantes.
Une bouche d'égout au centre de la route s'est transformée
en geyser bouillonnant, crachant de puissants jets
d'écume dans un râle assourdissant. Quel endroit
irréel en ce soir de Noël ! Noël c'est un quart
de siècle de bonnes petites bouffes chaleureuses
et familiales. Qu'est-ce que je fous à lutter seul,
contre ses immenses forces fantasmagoriques? J'imagine
la crèche de Mamoune et ses centaines de santons
provençaux, le veau Orloff de Dora peut-être un
poème d'André arrosé de Bordeaux et puis certainement
des desserts au Jurançon, la pâte d'amande et des
chocolats fondants, les discussions secrètes des
grands cousins pendant la messe de minuit en basque
ou les longs débats avec oncles et tantes. Tout
le monde entonne en cœur les chansons, les plus
petits rêvent devant l'arbre, grands yeux brillants.
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