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Janvier
2000
Benoit Dallaporta
Noël a Cuba
Cuba / La Havane |
Au petit matin je suis
bercé par le bruit d'une douche incessante. Toutes
les chambres donnent sur la cour intérieure de l'immeuble
et la pluie y résonne. Cette petite mélodie rythmée
est propice aux évasions semi-conscientes vers les
contrées de mes rêves les plus tangibles. Le petit
déjeuner est composé de deux œufs, pain sec et minuscules
bananes. Mes hôtes Pilar et Rufino me posent quelques
questions et me présentent à un petit italien barbu
et chevelu et sa copine cubaine. Ils sont peu bavards.
J'ouvre la porte sur Neptuno, l'activité y est confuse.
Les couleurs semblent usées, lessivées. Le contraste
du ciel gris et des marrons des boues qui placardent
les rues de la ville est presque lumineux. Personne
dans la longue queue de la boulangerie n'a manqué
mes premiers pas dans cette foule d'étrangers. De
Neptuno, je tourne sur Lealtad. Les façades sont
dévisagées par le temps et les éléments, les rues
et les trottoirs sont cabossés. Les cubains se protègent
de la pluie et du vent avec des sacs plastiques
ou de vieux ponchos militaires défaits. Je croise
une boucherie qui n'est qu'un étal sans vitrine
installé au coin d'un bloc. Elle ne vend rien et
ne fait que distribuer les poulets de rationnement.
Autour de moi, des flaques de boue huileuse explosent,
détonnant sous l'impact des vieilles autos. Ces
vielles autos qui sont devenues un symbole national
ne roulent plus vraiment, elles ne cessent de rebondir
sur les entrailles de la ville. Les rafales d'un
vent sale ébranlent les maigres balcons d'où pendent
de dangereux lambeaux de béton tenus par de la ferraille
rouillée. Six blocs et Lealdad débouche sur le Malecón.
De grandes gerbes d'écume s'élancent dans un souffle
puissant, restent suspendu en silence avant de cribler
les trottoirs vaseux. Un policier sort d'un immeuble
décrépi puis disparaît tranquillement sans me regarder.
Je tente de me raconter son histoire, de voir au
travers de ces murs, de percer le secret s'il existe.
L'embouchure de la Baie de La Havane est gardée
par le vieux château de Los Tres Santos Reyes del
Moro et la forteresse San Carlos de la Cabana à
laquelle est amarrée un énorme paquebot commercial
rouillé. Le centre de la vieille ville est le point
culminant du tourisme à la Havane. On se voit transporter
dans le centre historique d'une petite ville d'Espagne.
Les échoppes capitalisent sur les figures charismatiques
des leaders de la révolution. Bouquins, T-shirts
et cartes postales se mêlent à quelques objets d'artisans.
C'est là, sur la Plaza de Armas qu'Oddán m'aborde.
Approche classique: "Español? Francés? Que tengo
muchos amigos franceses!". Il étudie le tourisme
et veut me faire visiter le coin et je ne dis pas
vraiment non. Les vendeurs de livres ont couvert
leurs étagères de grandes bâches transparentes qui
renvoient les couvertures floues des biographies
de José Marti, du Che ou du Commandante. Je l'écoute
distraitement et maintenant il veut m'amener sur
le toit de l'hôtel Ambos Mundo ou séjourna Hemingway.
Le bar/lobby est assez classieux avec son pianiste
et ses garçons en pantalons et nœuds papillons rouge
sang de bœuf sur chemises de mousseline blanches.
L'ascenseur. Oddán en y entrant tape dans la main
d'un membre du staff. Ça sent l'arnaque mais il
est un peu tard pour faire marche arrière et puis
la vue sur la vielle ville est imprenable et la
pluie commence à tomber avec force. Le bar extérieur
est couvert tout en surplombant la vieille ville.
Je nous commande à boire un mojito. La pluie tombe
fort, toujours plus fort. Nous sommes les deux seuls
au bar, les deux serveurs se mêlent également à
la conversation. Les uns rêvent d'Amérique tandis
que l'autre se contenterait d'une belle voiture
de sport. Les débats sont plus ou moins débridés
et tournent autour des comparaisons pays capitalistes
/ Cuba.
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