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Noël a Cuba
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Janvier 2000
Benoit Dallaporta
Noël a Cuba
Cuba / La Havane

Dans l'avion, j'ai la dernière place au fond à gauche, les moteurs y sont assourdissants. Mes voisins, une professeur américaine d'Espagnol à la retraite et son mari anglais s'apprêtent à passer trois semaines dans un centre touristique proche de la capitale. Elle ne semble pas trop savoir pourquoi elle se trouve dans cet avion. On discute un peu d'éducation. Son mari lui, entame une bouteille de rhum. Une bouteille de Club Havana de 7 ans d'âge. Ensemble, ils ont beaucoup voyagés en Amérique du Sud et évoquent le Chili, la Bolivie, les sommets de la cordillère des Andes. L'avion laisse dans son sillage les champs gelés et reflétant la pâleur de cette lune d'hiver. Le voyage commence enfin. La première bouteille se termine et les hôtesses s'empressent d'en ouvrir d'autres. Bientôt les inconnus du fond de l'avion entonnent ensemble des chansons en espagnol, un jeune russe s'est retourné pour nous raconter des blagues pas très drôles. Mon allégresse ne s'apaisera qu'une fois devant la jolie camarade des Douanes cintrée dans son uniforme kaki. Elle plonge ses deux prunelles noires, ardentes et inquisitrices dans mon regard un peu paumé. Sans un sourire, elle examine attentivement, derrière ses barreaux, mon passeport et mes déclarations. Pas d'air conditionné pour bouter la chaleur moite de l'aéroport José Marti, d'épars petits courants d'air frais graissés par le kérosène sèchent mon visage parsemé de gouttes de transpiration. Des portes automatiques s'ouvrent sur le hall d'arrivée et sur les familles, encadrées par des agents de sécurité, anxieuses de revoir les leurs. Je fais semblant de rechercher un être familier dans cette foule colorée et joyeuse mais personne ne me regarde, personne ne s'attendait à ma venue. A chaque ouverture des portes, des cris fusent dans différents coins du hall. Je traverse par deux fois le hall pour me laisser éclabousser par les effusions de joie, le tendre frisson des retrouvailles. Seuls à m'accueillir, quelques chauffeurs de taxi. Ils m'ont déjà proposé quatre prix différents pour le centre ville et à quinze dollars c'est un peu cher mais il commence à faire tard.

Minuit. Sur l'autoroute sombre bordé de palmiers, quelques pancartes blafardes bordent la route. "Venceremos!" "Hasta la victoria siempre!" Le chauffeur m'indique un bar où sa copine l'attend et il me demande si je veux aller boire un coup avec lui, un peu inquiet par cette soudaine camaraderie, je décline son invitation. Flash-back sur une mauvaise rencontre au Kenya. On commence à ressentir la densité de la ville, sa présence n'est qu'un soupçon enveloppé par une ombre gigantesque. Au bout d'une longue avenue, une sorte de tour pyramidale grise sans fenêtre étrange mélange de futurisme pop et d'austérité autoritaire, jailli de la pénombre, inondée de lumière blanche. Plaza de la Revolución. Le chauffeur m'explique qu'il faisait parti des six ouvriers forgerons à avoir travaillé sur l'immense visage du Che regardant la tour. "Le tourisme me permet de gagner bien mieux ma vie" m'explique t'il. Les rues deviennent plus étroites et cahoteuses et on arrive rue Neptuno entre Escobar et Lealtad, au numéro 556. La rue Neptuno est en piteux état, la pluie a cessé et l'air humide est imprégné d'une forte odeur de gaz ou serait-ce de souffre? Rufino m'ouvre la porte. J'ai du le réveiller. Il m'explique que les chambres sont pleines mais que j'utiliserai la leur pour la nuit. Je dépose mes affaires et pars chercher un pollo frito pour dîner. La rue est sombre et vide sur le chemin un policier en uniforme kaki évite mon regard, je croise un couple qui rit bruyamment. Seuls trois jeunes touristes hagards sont assis dans la salle de ce restaurant d'Etat. Je me force un peu à savourer cet Hamburgesa Suprema qui symbolise bien malgré lui le "rêve américain".


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