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Janvier
2000
Benoit Dallaporta
Noël a Cuba
Cuba / La Havane |
White Plains,
mercredi 20 décembre. 21h00.
J'ai terminé mon sac
à dos et me plonge dans mon guide afin de trouver
une chambre d'hôtes. Pilar Rodriguez Santos, Centro
Habana. 20 dollars la nuit. Après quelques sonneries
qui grésillent dans le combiné, une voix lointaine
me confirme une réservation pour le vendredi soir.
Ce coup de téléphone est mon point d'entrée sur
cette île encore imaginaire. De quels mystères et
quelles légendes regorge t'elle ? Ma connaissance
en est diffuse sûrement aseptisée, quelques chansons
ont peut-être bercé ma lecture des tribulations
du Che en Bolivie, Dos Gardenias et Hasta Siempre,
quelques coupures de journaux américains sur le
statut du blocus économique, quelques idées des
sons, de l'architecture, du métissage, du symbole
révolutionnaire : Le rendu se doit d'être incomplet
et réducteur.
White Plains,
vendredi 22 décembre 2000. 5h00 du matin.
Je tire Barry de son
lit pour qu'il me conduise à l'aéroport. Hier c'était
la fête de Noël du boulot. Ma bouche a gardé le
mauvais goût du buffet, du rouge californien trop
fruité et des tristes animations du comité d'entreprise.
Dehors il neige et cela m'inquiète un peu. La moindre
des préoccupations à l'heure du départ s'amplifie
inutilement, le stress pour le stress. Le vol de
Toronto sera en retard mais celui pour La Havane
le sera également.
Je suis l'un des derniers
dans la file d'enregistrement pour le vol Cubana
de Aviación 180. Derrière moi un Canadien. Il est
habillé d'un complet noir qui me semble épais pour
un voyage à Cuba, de mocassins en cuir souple et
n'a qu'un petit sac de sport noir pour bagage. La
quarantaine, cheveux noirs et courte barbe poivre
et sel, son visage est bronzé mais son nez fin est
usé et semble trahir un penchant pour la boisson.
C'est la quatrième fois qu'il vient à Cuba ces dix
dernières années. Il aime La Havane et les provinces
du pays. Je reste un peu sur mes gardes tout en
formulant des questions pour l'appâter, pour qu'il
me dévoile les véritables raisons de ses visites.
D'accord, les gens y sont incroyablement gentils
et il y a des amis cubains et y avait même une petite
amie. Je me dis qu'il y rencontrera probablement
une cubaine. Je commence à m'impatienter, des petites
questions surgissent : Et si la réalité cubaine
m'était insupportable ?
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