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Yoga
Alliom !
5h30, j'ouvre les yeux, les
étoiles sont toujours là et à travers
la moustiquaire, j'aperçois la grande ours sur
la droite, un peu plus basse que d'habitude, « I slept
in » mais rien de grave, il me reste encore 15 minutes
avant le début du chant de Omkar. Je me dis qu'à
ce moment précis, minuit 30 chez Pierre un samedi
soir, on doit aussi se préparer mais pas pour la
même chose.
La première chose
dans la longue étape pour devenir sain de corps
et d'esprit apparemment, c'est le réveil aux oraures.
A Igatpuri, à quelques heures de Bombay, où
j'ai vécu la vie monastique pendant 10 jours, c'était
levé 4h pour débuter la méditation
à 4h30. Je m'y suis jamais vraiment fait. C'était
il y a deux semaines. Je me trouve maintenant à
Nasik, encore un peu plus à l'interieur du Maharashtra,
la province entourant Bombay et se prolongeant à
l interieur de l'Inde.
Je prends mon courage à
deux mains, j'émerge de ma moustiquaire. J'aprécie
la fraîcheure du matin (il doit faire dans les 10
deg C) et le silence de la térasse, ça va
pas durer. Je suis une formation de professeur de Yoga
dans un centre de Yoga. Nous sommes 10, 5 filles et 5
garcons. Il y a côté mec : un prof d'éco,
un aprenti flic-botaniste, un jeune étudiant et
deux quadragénères encore moins flexibles
que moi. Côté filles : il y a 4 étudiantes
en caoutchouc qui se ressemblent comme des quadruplées
et une femme d'âge mure qui galère avec le
groupe de « pas doués mais plein de bonne volonté
».
J'arrive dans le dortoir
des mecs, ils pioncent tous. Pas usuel, on est dimanche,
je n'ai peut-être encore une fois pas été
informé de ce qui se passe. Non, tout le monde
est crevé. Ils se réveillent un par un et
je me rends compte qu ils réalisent effectivement
les deux prières dont on m'a parlé : remercier
ses mains pour tout le travail qu'elles vont faire dans
la journée et s'excuser auprès du sol pour
lui marcher dessus. Ici en Inde, dieu est tout et partout.
On ne peux pas faire 10 pas sans marcher sur un endroit
sain requiérant un poujat, cérémonial
approprié. Ils vénèrent 330 millions
de dieux, tous bien hiérarchisés, Ganesh,
le dieu à tête d'éléphant est
très prise dans le Maharashtra. Je m'éternise
pas, l'Hindouisme, c'est incompréhensible.
15 min plus tard, matelas
ramassés, on entâme le chant de Omkar pendant
un bon quart d'heure. Omkar est la vibration qui se rapproche
le plus du divin, tout le monde est d'accord la dessus,
et le chanter confère tout un tas de propriétés
dont relaxer, améliorer la concentration, la mémoire
et se rapprocher de dieu. Le Yoga est en fait un mode
d'emploi en 8 étapes pour atteindre dieu, pour
fondre l'Atma, la réalité de chaque être,
avec Parmatma, la réalité universelle. Changez
réalité par force ou dieu, ca marche aussi.
Je crois que les bouddhistes défendent à
peu près la même idée. Donc le Yoga
n'est pas seulement comme je le croyais une série
d'exercices pour mal de dos mais avant tout une philosophie
de vie destinée à la progression spirituelle.
Les exercices physiques appelés Asanas constituent
seulement la troisième étape sur les 8.
Bon donc, Omkar puis chant
de Mantras pendant 15 min, ces vers écrits dans
les Vedas, le livre saint Hindouiste, détaillant
l'art de vivre et dont les sonorités en sanscrit
ont plus ou moins les même properiétés
que Om, à moins de les chanter encore et encore.
C'est quand même un peu spé pour qui n'a
pas l'habitude.
6h15, c'est parti pour deux
heures d'Asanas. J'ai eu mon premier exam hier sur la
première série de 36 positions, j'ai pas
été super fort, sans surprise. On attaque
aujourd'hui la deuxième étape de la formation
avec un nouveau professeur, qui celui-la, thank god, parle
un peu anglais. Oui car je me trouve en fait dans un bled
(1 million d habitants, c est l'Inde) complètement
en dehors des sentiers touristiques. J'ai la manie des
immertions profondes, mais la j'ai peut-être été
un peu loin. J'ai pas vu un étranger depuis une
semaine et qui connaît les Indiens comprend ce que
j'endure. Tout est juste totalement différent.
Pour ne pas rentrer dans les details et commencer à
me plaindre, ils vivent les uns sur les autres et l'intimité,
l'indépendence de pensée et d'action, le
respect d'Autrui, tout cela a un sens totalement différent
de ce que nous connaissons. Moralité, je dors sur
le toit, profitant de quelques heures en or de silence.
Asanas donc. Faire les mouvements
n'a rien de très difficile, du moins chacun fait
selon sa capacité mais de plus en plus il faut
les tenir en longueur, jusqu'à deux ou trois minutes
pour certains. Les Asanas sont des positions qui contractent
ou étendent muscles, tendons, vertebres, organes
et qu'il faut prendre et relacher très doucement.
Une fois la position prise, la respiration doit devenir
normale. Rien à voir donc avec la gym.
Franchement, une bonne séance
d'Asanas lave le cervaut. Apres deux heures à s'être
étiré chaque vertèbre, chaque articulation,
chaque muscle, on expérience toute l'énergie
du corp complètement réveillée. C'est
assez génial. Ensuite douche puis petit déj,
il commence à faire faim. Café et thé
prohibés, c'est lait sucré et pommes de
terre en petit morcaux aux cacahouettes et aux onions,
je m'y suis fait. Ensuite Yoga Nidra, la séance de relaxation
qui insère des messages dans le subconscient puis
lectures. La j'y vais pas. Tout l'enseignement est en
Maharati, et c'est pas evident le Maharati.
C'est là ou je pète
un cable. Du matin au soir on me hurle une langue que
je comprends pas dans les oreilles. Essayez, vous verrez,
ca rend fou. C'est mon 7ème jour ce matin et j'étais
encore a deux doigts de dégager de l'endroit il
y à une heure. Mais bon, je suis venu jusqu'ici
pour prendre le temps de m'initier à des sciences
de bien-être et de bien-vivre et je suis forcé
ici de pratiquer 4 heures d'Asanas par jour. J'ai un bouquin
en anglais écrit par le master du centre sur tous
les Asanas donc je regarde les autres et suis avec le
livre tant bien que mal. Si je fonce à Goa en me
disant que je le ferai tout seul dans ma chambre, je me
connais, ca va pas marcher. Et puis, l'expérience
est intérressante même si elle est très
difficile. Ces Indiens sont une bande de joyeux rigolos
et ils ne font pas que me casser les couilles. J'ai un
cyber café en face du centre et ils ont bien pigé
que, meme si les etudiants n'ont pas le droit de sortir
du centre, sans cet echapatoire journalier, je ne serais
plus là.
Encore deux mois à
barouder dans le sud de l'Inde, puis surf au Sri Lanka
avec un ami qui me rejoint de France. Re-visa pour l'Inde
et direction Rishikesh et Dharamsala pour en remettre
une couche plus près des cieux.
Aprenti Yogi Shri Swami Antoine.
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