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Maroc 2003
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24 Octobre 2003
Casablanca -fin
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Casablanca, Cybercafé, 24 octobre 2003

On est de retour à Casablanca, la ville où tout a commencé, l'endroit où tout finira dimanche matin. Le temps est inhabituel pour un Maroc : il fait froid et le soleil s’isole des hommes derrière les nuages.
Hier, on s'est tapé toute une journée de pluie glaciale dans ce vilain quartier d’immeubles de béton…histoire de se réaccoutumer à notre « oh so dear Belgium ». Notre vol décolle de Casablanca dimanche matin vers 11h45. On fait escale à Barcelone et on redémarre, le dimanche toujours, vers 17h30. On sera à Bruxelles à 19 heures normalement.
Casa est une ville morne et moderne. Elle est maculée à l’excès. Tout y était initialement blanc, mais avec la pollution d'enfer, les bâtiments ont tourné au gris cendreux. C'est terne.
La ville n'offre aucun intérêt si ce n'est des bâtiments austères, semblant souvent carrément désaffectés. On trouve des Mac Donald’s où sont fourrés les Marocains à l’allure d’Europe. Ils débarquent des écoles et universités aux alentours de notre hôtel. L’endroit où l’on crèche ressemble à un pensionnat, il est cher mais c'est le meilleur marché que l'on ait pu trouver. Il est infesté de moustiques durant la nuit. On se réveille en se grattant de rage, et la chasse commence. On les squashe et ils éclatent sur les murs. On en fait des peintures tribales, évoquant ces dessins primaires que l’on trouvait dans les grottes au temps des cavernes. Nos talents n’en sont encore qu’aux prémisses.
On a ramené des tas de babioles qui errent un peu partout dans les coins de la chambre, on se demande comment va se passer le check in à l'aéroport. Comme les Marocains reviennent toujours au pays ou en Belgique très chargés, on va se prétendre empreints de coutumes locales pour essayer de ne rien débourser en surtaxe.
Demain, on reste à Casablanca, on ira sur la plage si le temps le permet. Espérons qu'il ne pleuve pas trop car le Maroc revêt un léger goût de Belgique en début d'automne. L’hiver approche. On écrit aussi nos impressions sur le trip et sur le pays, on se forge des maquettes d’attaques pour la rentrée. L’esprit s'allège d'un bon courant d'air frais, ça nous aura fait du bien !
Le Maroc est un pays splendide, superbement beau, à visiter pour son esthétique accueillante et formidable. On aura passé 5 semaines terribles à bouger ici à deux, c'était dément.
Pour les gens, il y a nuances. On aura fait des rencontres exceptionnelles. Etrangement peut être, ce sont les femmes marocaines qui nous auront le plus marqués. C'est avec des femmes qu'on a tenu les conversations les plus intéressantes et les plus véritables. A Mekhnès avec Najia, à Agadir avec Saadiyah, à Marrakech, à Rissani... « Etrange » dis-je, car dans ce pays où a priori, les femmes restent moins apparentes et moins proches de « l’homme », de surcroît étranger. Elles nous ont fait part d’une esquisse de leur vie et de leur sensibilité. Elles nous ont parlé sans œillères de sujets qu’on n’aurait peut-être parfois pas eu l’audace d’aborder spontanément. Quelques moments de vérité et de toute beauté. Des tranches de vécu de dames inhibées dans ce monde-ci, dans cette culture si distincte de celle d’Occident pour de si nombreux aspects. Mais toujours ces réflexions et ces vibrations humaine que l’on retrouve de manière universelle, et de manière même encore plus puissante chez elles. Des rencontres faites de murmures, loin des regards qui auraient autrement empêché l’accouchement de ce qui s’est réellement dit entre nous. Des opportunités d’accalmie et de confidences, entre des femmes et deux étrangers provenant de mondes si dissemblables. Des instants d’exception qui resteront écrits à jamais.
Pour le reste, les hommes « en rue », et donc ceux que l’on a quotidiennement croisés lors de nos pas perdus au pays, sont les 9/10 du temps, si pas même plus et je n'exagère pas, des approches ayant pour optique de déboucher sur un plan taffe, babouches ou tapis berbère. Une fois que l'on refuse le joint proposé de vente, on est plus digne d’intérêt et l'anguille miséreuse fout le camp. Même des fois avec agressivité, on devient alors de la vulgaire merde. Des contacts sosies, on en a déploré tous les jours. C’est juste amer qu'ils auront été bien trop souvent du même archétype.
Ce n’est pas avec l’extase d'un pays que l’on partira, c'est juste empreints de nombreuses nuances dans nos opinions. Un pays de contrastes : entre authentique et vieillot, entre chaleur et répulsion, entre ouverture et bannissement. Un peuple en pleine mutation, vers ce que les gens appellent « modernité ». Une transition lente, qui s’étale décemment, mais grandissant encore les écarts séparant ceux qui ont de ceux qui n’ont pas. Un pays avec un cœur difficilement accessible, malgré ce que pourraient concevoir les gens qui rentreraient chez eux en brandissant le « oh, mais ils sont adorables là-bas ! ».
Un pays encore imprimé d’un profond mystère, qui ne se découvre sans doute pas en quelques semaines. Un pays que l’on ne connaît pas mais que l’on distingue par bribes, que l’on grignote par morceaux mais dont on ne cernera jamais les contours exacts. Un Maroc devant s’approcher à cœur ouvert, envers tout et malgré les lassitudes quotidiennes qui pourraient mener au contraire.
Une nation à deux visages, à plusieurs visages. Un peuple où tout revêt autre chose derrière un masque. Il ne faut ici jamais se fier aux apparences, ni premières ni secondes. C’est marrant car les gens le disent eux mêmes. On dirait que chaque chose en habille une autre, parfois même brutalement son contraire. Alors, pas de précipitations dans les sentiments d’admiration ou d’écœurement, juste préserver cette distance dans le jugement, pour simplement se protéger soi-même !
Une ambiguïté souvent insupportable. Un silence ou des attitudes de double jeu qu’on a parfois eu du mal à digérer. Et là s’est souvent installé le carrément dégoût pendant notre voyage. On essaie de persister intègres et objectifs, mais voilà, le tout est un sentiment général et on a pas à le cacher. Ne pas se diluer en de fausses couleurs, pour ne pas entrer dans ce jeu, et rester entièrement dans la vérité de nos opinions, dans quelque domaine que ce soit.
A présent, la nuit tombe sur Casablanca. Il fait sombre, on se trouve dans une galerie de magasins près du boulevard Mohammed 5. Le Ramadan 2003 tombe dimanche soir, il ne reste plus que 2 nuits avant l’heure dite. Les rues sont bondées, on dirait qu'ils font la fête avant de commencer l’abstinence qui les contraindra durant un mois. On quitte le pays juste au début du Ramadan.
Le soir à Casa, rien de bien particulier à faire. Même si c'est une grande ville, on y trouve juste quelques boîtes glauques et remplies de prostituées. Une fois la nuit tombée, les rues ne sont pas forcément safe près de l’ancienne médina. Alors quid ? On reste dans le quartier de notre hôtel perdu. On surplombe la mégapole depuis le quatrième étage. On écrit, on se pose l’esprit en s'imaginant ce que doit penser un Marocain vivant ici. Et rêvant d'ailleurs...

 

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