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Maroc 2003
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21 Octobre 2003
Essaouira 2
| 1 commentaire 1 commentaire

Essaouira, Cybercafé, 21 octobre 2003

On est à Essaouira, perdus dans les brumes de l'Atlantique. La ville est calme et fraîche, on se croirait davantage dans une de ces villes côtières du sud de l'Europe. Blanche et bleue, calme et relax, allant au rythme des vagues. Les nuages sont faits de goélands dansant en agréable symphonie. Ils se déplacent en essaims tourbillonnant dans les airs. On loge dans un hôtel décrépi, la peinture tombe des murs, la chambre ressemble à une cabine de capitaine isolé dans un phare. Elle est simplissime, même crade, mais cet hôtel possède un charme fou. On se croirait dans un décor de cinéma. Sur le balcon, nos affaires récemment lavées ne parviennent pas à sécher car la ville est humide au possible.
Le port orne l’entrée d’Essaouira. Il s’étale jusqu’au commencement des remparts qui ont forgé l’emblème de l’endroit avec les années. Les pêcheurs s'affairent jour et nuit en quête de ce qui fera vivre eux et leur famille, aujourd'hui et peut être demain. Avec un peu de chance. Ils partent en mer tôt au matin. Ils reviennent dans l'après midi.
L'ambiance sur les quais est toute particulière. Des bateaux centenaires se reposent sur le béton et se font refaire la coque, certains ressemblent à des vaisseaux fantômes vomis là depuis les flots de la mer. Les poissons sont jetés sur la rive depuis les barques et les habitants se les arrachent. Ils les monnayent à la criée. De temps en temps, un chat parvient à en voler un et s'encourt avec son lot dans sa bouche.
Après les ventes aux enchères, la majeure partie du tout se retrouve empilée dans d'immenses bacs jaunes, remplis de sel et de glace pour la conservation. Le spectacle est captivant. C'est superbe à voir.
Les goélands planent dans les airs, veillant comme au bon déroulement des tâches quotidiennes de l’homme. J’y vois une image protectrice. Comme s’ils étaient incarnation des dieux qui se lançaient en mer avec les marins, en gardant un œil bienveillant sur leur destinée.
Les femmes sont présentes plus qu’à l’habitude dans l’enceinte du port. Elles négocient le poisson entre elles. Certaines se chamaillent, c’est assez drôle à voir. Les hommes s’affairent à débarquer les glaces des camions. Un tas de femmes sont assises à terre, cachées dans leurs épaisses robes de couleur vive. Elles les regardent faire, sans un mot. Une existence dans l’ombre et accessoire, mais essentielle également. Sans elles, tous ces mâles ne seraient finalement rien. Elles apportent un peu de délicatesse et de nuances dans cet endroit de machines et de force. J’aime ces esquisses féminines qui ponctuent la lignée de mes pas. Quelque part, elles me rassurent. J’irais bien leur parler, à elles plutôt qu’à ces hommes crasseux qui nous demandent du haschich et des cigarettes. Mais d’un autre côté, certaines nous sourient mais beaucoup d’autres nous regardent avec méfiance. C’est dommage.
On est partis dans les dunes à la recherche de l'ancienne maison de Jimmy Hendrix. Un vieil homme nous accoste près de l'oued, nous demandant si l’on veut qu'il nous y emmène en chameau. On refuse. On préfère découvrir tout ça par nous mêmes, dans le silence. On s’aventure dans les fourrés. On se demande si c'est vraiment là et si ça ne craint pas trop. Ici, on ne sait jamais. On ne trouve personne à la ronde et on débouche finalement dans une forêt de vieux arbres. Une demeure ensevelie des sables, avec quelques traces encore de squat ou de fêtes qui s'y sont déroulées: des cadavres de bouteilles, des plastiques, des planches de cartons alignés et faisant office de lits…et même une petite culotte de femme déchirée, qui devait gîser là depuis des lustres. L'endroit était devenu repère de hippies mais s'est fait « nettoyer » par la police marocaine. Il devenait certainement trop débauché à leur goût.
On reste sur la plage, loin de tout. Entre deux dunes de sable, on trouve un cadavre de chien déjà rongé par les insectes. Une drôle de vision…on croirait à tout moment qu'il va se réveiller et nous sauter dessus.
Essaouira, c'est aussi l'ancienne Mogador et ses remparts. Les canons y sont encore placés en ligne sur leur promontoire, installés initialement pour prévenir l’ex-colonie espagnole des envahisseurs dans les siècles passés. La ville conserve son authenticité : les murs sont encore d’époque, la médina de même. Les marchands sont par contre impitoyablement roublards. Pas moyen de marchander quoi que ce soit d’intéressant, les prix sont exorbitants. On s’en arrache les cheveux, ils sont carrément repoussants de par leur mauvaise foi. C’est la pourriture venant du tourisme, ils s'imaginent que n'importe quel touriste a 300 dirhams à gaspiller pour s’acheter par exemple une paire de babouches berbères. Hallucinant!
Demain on se taille et on se retrouve, Inch’Allah, à Casablanca en soirée. On passera quelques jours dans la grande ville, petit moment de méditation et de mise au point intérieure de fin de voyage.

Essaouira


Essaouira


 

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