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Maroc 2003
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20 Octobre 2003
Essaouira 1
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Essaouira, Le long des remparts, 20 octobre 2003

On s’est posé sur les remparts de l’ancienne Mogador. A deux, sur l’un des créneaux de pierre qui dominent les flots de l’océan. Les canons sont allongés juste derrière nous. Le soleil nous brûle et le vent sacré d’Essaouira nous balaie de son audace légendaire. Ancienne colonie espagnole, elle en conserve indéniablement l’empreinte. Marque semblant indélébile malgré les édifices qui s’altèrent des érosions du temps qui dicte sa loi.
L’endroit est d’un calme apaisant. Il inspire et pousse à la réflexion. Un sentiment de conquistador face à la mer déchaînée, face à ce peut-être qui s’offre là sous nos yeux.
L’océan glacial et tumultueux nous est indifférent. On le contemple presque comme des voyeurs. J’aimerais posséder autant d’infinitude que lui. Se retrouver face à l’océan m’a toujours fasciné de merveilles et d’élans. Ces eaux qui relient les peuples de la terre entière, à partir et au moyen desquelles on pourrait gagner n’importe quel endroit sur le globe. Cette vision du néant dénudé et ouvert là devant soi. Cette liberté qui dégage l’esprit et qui resserre le cœur en lui offrant de telles perspectives.
J’aime ces goélands qui planent ça et là au-dessus de nos têtes et d’un côté à l’autre de la ville. Ils me paraissent tellement légers et autonomes de tout. Ils passent partout sans tenir compte de quiconque. Ils possèdent la distance et en connaissent la richesse, ils en jouissent dès que bon leur est semblé. Ils déploient leurs ailes et se retrouvent en un endroit propice. En laissant derrière.
On est passé au port ce matin. Quelle animation de ces hommes à s’affairer de leurs marchandises. Ils extraient les fruits de mer des bateaux et les hissent sur les quais. A la chaîne, les seaux sont remplis de poissons et passent de main en main. Les marchands les étalent encore à demi vivants dans d’immenses bacs jaunes superposés les uns sur les autres. La vie y fourmille en toute créativité. Les dialogues de vente s’entremêlent en un brouhaha incompréhensible, couronné par le vol des goélands avides de chairs égarées.
Une bonne partie des poissons est vendue à la criée. La plupart est ensuite recouverte de glace et entraînée dans les camionnettes qui les vendent au marché de la ville.
Un homme fume sa cigarette, assis sur un amas de filets. Impassible, absent. Comme si ce genre de scènes composait sa vie et qu’il en maîtrisait les moindres déroulements. Il semble épuisé. Peut-être revient-il de la mer. Il a sans doute pêché toute la nuit et marque un arrêt avant de reprendre le large. Deux jeunes défont une nouée de cordes. Ils ont du mal. Ils rient entre eux, une marée de drapeaux multicolores les immerge en son environnement. Je m’approche, ce sont les affiches avec les prix des marchandises mises en vente dans l’enceinte du port.
Un chat noir traverse furtivement la route. Il a volé un poisson. Il se cache dans un coin et se met à le dépecer goulûment. La bête frétille encore.

 

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