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Maroc 2003
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19 Octobre 2003
Sidi Ifni 1
| 10 commentaires 10 commentaires


Agadir, Cybercafé, 19 octobre 2003

On est revenu de Sidi Ifni. Ifni est un village où moi, Pascal, je me suis rendu en 1998 pour aider à refaire le centre de jeunes et le parc, avec ma meilleure amie sènorita Nanou. Je ne m’y étais plus rendu depuis 5 ans. Nanou était retournée plusieurs fois. On y était à quelques heures de voiture, alors comment s'empêcher d'aller faire un saut là-bas pour voir comment le village a évolué pendant ces quelques années ?
On est parti hier matin en taxi collectif depuis Agadir. Les taxis collectifs sont, avec les bus, les moyens de transport les meilleurs marchés au Maghreb. Ils sont souvent même bien plus rapides que les bus. Ce sont de grandes Mercedes ancien modèle où les Marocains s'entassent comme des sardines pour payer un minimum. On fourre quatre passagers sur la banquette arrière et trois autres à l’avant, avec le chauffeur. Les bagages sont présumés être contenus sur le toit ou dans le coffre. Inutile de mentionner sans doute que ces bonnes vieilles Mercedes ont perdu l’airco depuis longtemps. On voyage toutes fenêtres ouvertes pour éviter de se dessécher complètement et de mourir comme des mouches. Aussi, les portières ne se ferment qu’à moitié, de sorte qu'on se cramponne à la poignée fixée par dessus pour ne pas voler dehors dans les tournants.
On trace vers Tiznit, la porte du grand sud qui mène vers Laayoune et la Mauritanie. Tiznit, une ville dont je gardais un glauque souvenir, et qui n'a pas changé. Tiznit, jouée de mots par les Marocains comme « Tiznit, passes-y vite », tellement le passage peut y être hasardeux. On y trempe, on y boit le café. On reçoit des idées soudaines et plein la tête pour monter le reportage vidéo, une fois de retour en Belgique. On repart. La ville n'est guère attirante.
On reprend un taxi collectif jusqu'à Ifni. Le trajet dure deux heures encore. On traverse des vallées de rocailles rouges et orange, en bordure de l’océan déchaîné. On franchit à toute allure une série de petits villages, nous appelant comme abandonnés du monde. Et des tournants, des tournants encore…la route se tord sur elle-même. Sur la droite, une voiture dans le fossé s’est déchirée dans un tournant. Elle nous rappelle avec bienveillance qu’on ferait mieux de ne pas tracer trop vite. Le conducteur fonce mais on ne lui fait aucune remarque, on se dit qu’il connaît bien la route. Il dépasse chaque véhicule qui nous précède. De temps en temps, il rate son coup et se rabat d’urgence sur la droite. Certains instants nous donnent le frisson. On se distrait avec les paysages pour ne pas trop y songer.
On franchit les falaises et après deux heures de route hautes en couleurs, voilà Ifni qui se dégage au loin. Elle est blanche, calme. Elle se repose au bord de la mer depuis que les colons espagnols l'ont délaissée dans les années 60. Il y ont demeuré pendant près d’un siècle. Une fois partis, ils ont coupé les vivres à la population. Seuls certains ex-militaires touchent aujourd’hui une pension de l’état espagnol. La ville a plongé en léthargie. Elle est tombée en ruines. C'est littéralement ça : on dirait un fantôme. La peinture des murs des maisons, initialement blanche, a viré ocre, rouille, ou pèle tout à fait. Les rues sont quasiment désertes, avec seul le bruit de l'océan pour compagnon de ballade. Quelques chats y rôdent, comme ultimes témoins d'un passé lointain. On trouve d'anciens bâtiments « coloniaux » qui ont été remaniés tant bien que mal en d'autres utilités. Comme la mairie, le « palais de justice », dont les vitres sont brisées, poussiéreuses, les carrelages défaits mais les lieux sont encore sinistrement en fonction. On dirait que la ville, en tout cas pour une bonne partie, est abandonnée. Seuls quelques passants ou personnes aux fenêtres nous rappellent qu'elle ne l'est pas. On continue de vagabonder dans le village.
J'y étais venu il y a 5 ans dans le cadre d'un projet bénévole, pour aider la cité alors en pleine « renaissance ». C’était en 1998. Naturellement, on s'est immédiatement dirigé vers les endroits qu'on avait rabistoqués tant bien que mal avec les moyens du bord. Résultat : les murs qu'on avait peints à la chaux blanche sont dégueulasses, le parc qu'on avait arrangé et réaménagé est à nouveau laissé à l'abandon. C'est désolant, ça n'a servi à rien.
J'ai l'impression de retrouver ces lieux tels qu'ils étaient lorsque j'y ai débarqué la toute première fois, censé y apporter un petit changement. Sans doute est-ce le manque d'entretien, la non motivation pour des gens qui nous parlent, une fois de plus, presque tous de s'exiler en Europe car « il n'y a rien à faire au Maroc». Sans doute aussi le fait de laisser les « décors » pour après…sauver d’abord sa propre vie avant de s'aménager une villégiature esthétique.
On retourne à l'école et à la maison des jeunes. On ne retrouve personne. Deux peintres sont employés à repeindre une partie de la cour. Je les aborde. Ils ne parlent pas français. J’ai par contre revu Brahim et Chaïma. Brahim est le gardien de la maison de jeunes. Il n’a pas changé. Chaïma est devenue une petite jeune fille. Qu’est-ce qu’elle a grandi ! Dire qu’elle avait 5 ans à l’époque. Je me rappelle d’elle encore toute petite. Elle est toute éveillée et se souvient de moi. Brahim aussi. C'est trop cool de les sentir se remémorer mon être. Laisser ses traces ainsi dans le monde, dans la mémoire des gens…alors que rien ne nous assure que l’on reviendra tôt ou tard en cet endroit.
Un type vient m'accoster sur la plage. Il se rappelle aussi de moi lorsqu’on traînait à la tente d'Abdallah sur le sable, à fumer nos substances magiques. Honnêtement, moi je ne me souviens pas de lui. On croise Malika à la Suerte Loca. Un homme vient également me causer en affirmant que j'étais déjà venu et qu’il m'avait aidé, moi et une Européenne, à faire un appel en PCV depuis un téléphone public. Il y a 5 ans ! C'est tout à fait possible, on était sans emails à l’époque.

Rues


Sidi Ifni


 

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