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Maroc 2003
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17 Octobre 2003
Agadir 2
| 1 commentaire 1 commentaire

On se balade, on décide d'interviewer une dame d'allure touriste du sud de l’Europe. On la questionne devant la caméra de Fed pour notre film sur le Maroc. On enchaîne la conversation. Elle s’est retraitée ici. D’origine, elle est berbère de Tafraoute mais est née et a grandi en France. Elle y a passé la plus grande partie de sa vie. Elle nous parle librement, avec son chien qu'elle a trouvé gisant à moitié mort sur la plage il y a 6 ans. On reste à causer sur la digue : du Maroc, de sa vie ici, de sa vie de femme « au Maroc ». Elle nous conte les anecdotes croustillantes de la vie d’une femme immergée dans la culture marocaine. En promenant le chien, des hommes lui montrent encore leur engin malgré son âge. Ca doit les exciter. Elle nie l'affaire mais le chien leur aboie dessus. Ils remballent la marchandise.
L’homme marocain de la rue la répugne. Elle n’a aucune estime pour lui, puisque selon elle à l’inverse, il n’en a guère envers les femmes, mêmes d’âge mûr. Elle raconte aussi l'histoire d'une petite fille qu'elle connaît et qui habite près de la mosquée le long de la colline. Elle devait se marier à 15 ans avec un homme choisi par son père. Elle ne voulait pas. Ca date d'il y a 6 mois. Saadyiah, la dame à qui l'on causait, avait appris cela il y a 6 mois avant de partir pour 5 mois au Cambodge. Son fils aîné y vit et y travaille depuis 10 ans. Elle est revenue il y a deux semaines et apparemment, le mariage de la petite tombera sous peu. Elle est soi-disant d'accord d'après son père, mais la sœur de la fille affirme qu'elle pleure tous les soirs. Tout ça pour une histoire de dote. « Ici, tout est bon pour le fric » nous dit-elle.
Elle relate aussi la vie des ragots au Maroc. Le fait que pour elle, il est difficile d'avoir une vie sociale. Elle a toujours vécu en France et vit ici en retour aux sources, car la vie y coûte nettement moins cher. Elle se débrouille pour le reste. Je lui demandais si elle avait des contacts avec des femmes d'ici. Elle répond que non. Elle affirme que la plupart des femmes marocaines qu'elle connaît vivent de médisances et de choses inintéressantes. Elle s’est encore rendue hier chez une amie. Dans la maison, comme cachées, une vingtaine de femelles planquées du monde. Elles ne parlaient paraît-il que de sexe. En l’occurrence, elles discutaient de seins. Elle dit aussi que les femmes sont souvent illettrées, qu'elles ne savent même pas parler arabe et que donc, même la T.V., toujours diffusée en arabe et non en berbère, ne peut rien leur apprendre sur le monde. Elle est révoltée par la condition de la femme ici. Elle ne le cache pas. Elle est par contre heureuse que le roi soit progressiste et qu'il puisse y apporter un changement. Même s'il sera lent à prendre réellement forme…
On se décide à bouger ensemble. On veut filer sur la gauche, en direction des plages plus sauvages et moins infrastructurées. On doit d’abord acheter de l'eau et du pain comme provisions, au cas où l’on serait pris de court et de faim. Au loin là-bas, il n'y a pas d'échoppes. Saadyiah propose de nous y emmener en voiture. On embarque avec elle, le chien, Fed et moi. Comme ça, sans problèmes, elle nous emmène dans sa vieille carcasse. Elle nous promène dans Agadir. Elle nous indique les bons plans pour squatter gratuitement dans les piscines des grands hôtels, elle nous recommande les restaurants bons et pas chers. Saadyiah nous mène à la fin de la partie développée de la ville. On marche avec elle le long de l'eau.
Le vent est violent, la plage est déserte. Au loin, on discerne le palais royal. Immense, interminable, il est situé en bord de mer en plein milieu des dunes. Il est ceint de remparts. Pour ce que l'on voit au dedans, c’est une immense jungle. Des caméras sont fixées partout, il est surprotégé. Des militaires aussi…sécurité oblige après les récents attentats de Casablanca. On se promène avec elle au sommet des dunes qui surplombent la mer. Il n'y a personne à la ronde. Elle fait demi tour après une heure. On se dit simplement au revoir et « à plus tard Inch’Allah ».
On continue encore bien plus loin. On marche encore deux heures en plein vent et sous un soleil de mort, sans estimer la durée du trajet retour. C'était une trop belle journée !
Ce soir, on ira déambuler dans la moderne Agadir, même si elle nous évoque la côte industrielle d’Espagne ou encore la côte belge, mais sous un soleil ardent. Demain, on partira sans doute à Ifni, là où moi Pascal j'ai travaillé il y a 5 ans déjà. Curieux de voir comment la vie a tourné là-bas. On filera sur Essaouira par après.

 

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