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Maroc 2003
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15 Octobre 2003
Marrakkech XTC 2
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Depuis la terrasse, je perçois l’atmosphère vaporeuse qui s’élève depuis le bitume fondant presque au soleil et sur lequel se crée la toute magie. Le brouhaha est intense et tourne en une infinité de sonorités différentes. Il est chaos. J’entends les flûtes destinées au bien-être des reptiles, les presque hurlements des vendeurs de jus d’orange tendant à racoler leurs clients. Je distingue les timbales, les tambours et les crécelles des musiciens qui se jouent en quasi-permanence. De nombreux badauds errent sur la place comme des fourmi en quête de. Certains sont là pour y récolter de l’argent par n’importe quel moyen. D’autres y déambulent simplement pour faire passer le temps de la vie avec détachement. Une femme voilée des pieds à la tête traverse le cercle, poussant devant elle une espèce de carriole remplie de caisses en carton. Un homme lui coupe la route. Il fonce sur sa mobylette. Une blonde étrangère est assise sous un parapluie géant avec un vieillard qui semble lui conter quelque chose de beau. Elle paraît passionnée par ce qu’il lui révèle. Une calèche traverse la rue. Elle longe les petits taxis de couleur ocre, elle frôle les passants et les vélomoteurs.



Le trafic est intense et désorganisé. Il est à l’image de la spontanéité de la place. Le cobra se relève. Il fait frétiller sa langue fine et repoussante. Son maître le pose sur les épaules d’une femme qui se fait prendre en photo. Elle en devient presque sensuelle, même si son personnage ne possède aucune beauté. J’entends crier. Une bagarre éclate entre un des artistes et un enfant crasseux. L’enfant vole à terre. Il part en pleurant.
Un homme sec et musclé porte une perruque rousse. Il est entouré d’une quarantaine de personne. Il s’éclate en arts martiaux. La foule est captivée. Ils sont immobiles.
La couleur rose des murs et des remparts de la ville s’écrase sous ce soleil de midi. L’atmosphère est presque assommante. Au plus je reste ici à cette table à me plonger au dedans, au plus je ressens cette agréable impression de me perdre dans ce tourbillon de sons, d’odeurs, d’esthétiques et de sensations aussi riches que parfaites.
Les heures meurent et la place garde les mêmes teintes jusqu’au coucher du soleil. On dirait que le temps s’est arrêté. Qu’il s’est fixé une bonne fois pour toutes, comme si ce microcosme d’artistes avait décidé d’évoluer à sa manière et sans tenir compte du reste. Un spectacle de rue pris comme revanche et comme une ode à la vie. Un remède et une échappatoire existentielle face à une vie bien trop commune, sans passion, monotone et sans grand intérêt. Le palliatif du divertissement, la catharsis de la création et l’ivresse de la flambante magie se réfléchissent en miroir depuis cette place devenue centre et idole de la ville de Marrakech. Et dire que cet endroit ne s’arrête jamais et qu’il existe depuis la nuit des temps. Dire que cette place est petite perdue à la surface du globe, qu’elle n’est rien dans le monde mais que pour eux, elle est tout à la fois.
Le soleil se dore davantage et longe la Koutoubia. Il tend à s’évanouir. On dirait presque qu’il descend pour se joindre lui aussi à la fête. Il est 18 heures et la foule se presse dans les grandes artères de la médina qui débouchent sur les lieux. Le flux est intense. Il est envahissant. La tension monte, le spectacle de la journée atteint son apogée. Des amas de ferrailles sont amenés à dos d’âne ou en camion. Ils se vomissent au centre du béton et s’échafaudent à la vitesse de l’éclair en gargotes pour la nuit. En quelques minutes, les bancs sont placés, les nappes de papier blanc sont dressées et les viandes et légumes sont disposés sur les étals. Les brasiers s’enflamment. Les premières fumées s’élèvent vers le ciel. La lumière tombe et s’inverse des lampions scintillant de partout. La magie devient féerie pure.

 

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