Marrakech, Cybercafé, 13 octobre 2003
La place Jemaa El Fna est en ébullition. On est à deux pas de la plazza, dans le cybercafé « Hannan ». Il est 19 heures à peine et l'on se devinerait déjà en plein milieu d'une nuit de délire festif. Le soleil se couche encore assez tôt ici au Maroc. Il est deux heures plus tôt que dans le reste de l'Europe, ce qui fait que le soleil se couche ici à 18 heures. Sans doute est-ce pour que les gens aillent se coucher plus vite, et qu'ils se lèvent plus tôt par la même occasion. Certainement pour calmer et garder un oeil attentif sur les mœurs du peuple.
Aujourd’hui, on s'est baladé dans la médina à la recherche des anciennes écoles coraniques. La médersa Ben Youssef est l'une de ces plus grandes institutions. Elle est aujourd'hui transformée en musée à touristes y débarquant en bandes et ôtant tout charme au site. On s'est perdu dans les dizaines de souks qui l'entourent. Le souk des forgerons, des tanneurs, des biblos, des orfèvres, des têtes de chèvres pendues à des crochets aux étals de bouchers pour montrer qu'il s'agit bien de chèvre et non de chat trouvé dans la gouttière etc… Ils ont cette fine habitude de poser les têtes des animaux cadavres sur les étalages des bouchers, avec parfois même les pattes pour parfaire la monture. On a même vu un type qui gonflait de sa bouche les poumons et le cœur d'un animal, pour qu'ils aient plus fière allure sur son carrelage de vente.
La médina est encore préservée du touriste. On en voit nettement moins que sur la place. Les moments d’errance n'en sont que d'autant plus prenants. On s'est juste laissé flâner dans les ruelles à notre aise, guidés selon les endroits ou les visages les plus accueillants. Chose exceptionnelle, on ne se faisait pas encore trop harceler ! On tirait les clichés en douce et sans aucun problème.
Avant la Médersa, on s'est retrouvé chez un grossiste d'artisanat berbère. Il avait réussi à nous attirer dans les filets de ses théières et de ses tapis. On est resté discuter sur le coût d’une théière antique. Le prix de départ fondait à vue d’œil, comme s'il l’avait placé sur le réchaud. De 1000 dirhams, il tombait à 100 en quelques minutes. Le brave vendeur nous affirmait qu’on était ses premiers clients du matin, et que de ce fait il nous ferait une bonne affaire. On s'était entre-temps fait offrir le thé. On a également entendu qu’au plus le prix de la théière est élevé, au plus le thé qu’on y fait infuser possède du goût. Mais ça, on le savait déjà ! On a finalement rien acheté. On a persévéré dans le quartier.
La médina de Marrakech se perd en tons orange et roses. Le vif des couleurs rend un éclat carrément magique lorsque les murs se font caresser des rayons du soleil. Les habitants sont tant typiques que variés. On trouve des jeunes fashion victims à la dame voilée des pieds à la tête, avec seule une visière entre les noirs tissus et laissant passer la trame de ses yeux cernés de kohl. On repère également des ânes maltraités et des dizaines de chats errants, ressemblant à des tigres et laissés à eux mêmes dans la rue. Les enfants se promènent en groupe en allant ou revenant des cours. Dès que l’on en voit quelques-uns en uniforme, on peut être certain que la sortie de l’école n’est pas loin et qu’on part en croiser plein d’autres. Et c’est à chaque fois vrai. Leur étonnement est toujours vivace lorsqu’ils passent à notre hauteur. Ils viennent nous dire bonjour, rigolent ou nous demandent des stylos.
Cet après-midi, on s'est posé sur la terrasse aérienne d’un des café surplombant la place Jemma El Fna. Le « Café Glacier » possède une vue extraordinaire. C’est l’établissement le plus rapproché de la Koutoubia. Sa terrasse panoramique embrasse la plazza de tout son long. L’endroit idéal pour observer la place en paix et en percevoir les humeurs tout au cours de la journée. Le spectacle est extraordinaire, tout spécialement au coucher du soleil. Rester là haut nous donne également l’occasion de filmer et de tirer les photos sans que personne ne nous voie et vienne inéluctablement nous mendier le bakchich.
La terrasse est surpeuplée en soirée, mais elle offre une relative quiétude pendant le restant de la journée. Voir sans être vu…la folie naissante cédant place à la nuit.
On se porte pour le mieux. Marrakech nous fascine. Les gens sont relax et quel plaisir de se retrouver dans une ville comme celle-ci, après nos pèlerinages de déserts et de montagnes. On reste encore ici 2 jours, puis on migrera vers l’ouest.
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