Ce matin, on se lève de bonne heure. On voulait partir acheter des films photos à Guéliz, le quartier moderne de Marrakech. On avait oublié qu’aujourd’hui c’est dimanche, et que tous les commerces sont fermés. On a rencontré Jacqueline, une Casablancaise. Elle s'assied à notre table alors que l’on baigne encore allègrement dans les brumes du petit matin. Jacqueline nous salue. Elle s’assied à côté de nous car notre table est la seule présente sur la terrasse du café en ce début de journée. On apprécie de voir une femme prendre une telle initiative sans avoir froid aux yeux. Ca faisait longtemps.
Elle est lookée à l'européenne, les cheveux courts et teintés de henné virant à l'orange-roux. Elle a l'air d'être bien dans le cake. Elle nous confirme qu'elle a la gueule de bois car « elle a trop fumé hier ». Elle doit avoir la cinquantaine et ressemble à une businesswoman. On accroche directement avec elle. Elle est grave. D'apparence complètement libérée et émancipée, balayée d’une légère brise de folie de l’esprit, tout en se montrant intéressante dans ses propos et sensible dans sa manière d'être et dans le contenu de ses conversations. Un personnage. Une dame respectable, ayant comme décidé de s'affranchir de la non liberté d'un monde auxquels bon nombre de ses sœurs appartiennent. Elle est casablancaise et travaille dans un bureau de télécommunication. Elle nous raconte comment se passe son travail. Elle nous parle du travail des femmes au Maroc, de sa vie à Casablanca, de ses voyages en Europe, à Liège notamment quand elle était jeune. Elle nous narre avec émotion le jour du décès de sa mère. On l’écoute attentivement. Elle est passionnante. Ses paroles libèrent une immense beauté. On reste là avec elle.
Une mendiante s’approche : une femme voilée des pieds à la tête. Elle vend des gants de hammam pour essayer de se faire un peu d’argent. Elle lui en achète 4. Elle nous en donne un à chacun. « En souvenir », nous dit-elle. Elle se fait accoster par une jeune femme à qui elle a acheté des vêtements. C'est une femme de la rue et Jacqueline l’a entièrement nettoyée et fringuée lors de son passage actuel à Marrakech. Maintenant, la jeune femme ne veut plus la lâcher. On est resté près de 3 heures avec elle sur la
terrasse du café. Puis elle a dû prendre le train pour Casa vers midi. Nous, on a poursuivi notre tour vers les magasins fermés.
A l’heure qu’il est, on est aux abords de la place Jemaa El Fna, dans un cybercafé sombre et souterrain. On entend au loin l'agitation naissante de la plazza. Les klaxons forment presque une mélodie au dessus de nos têtes. Il est 17h35. Le soleil se cache derrière les nuages, la chaleur est lourde et moite. La place se prépare pour son accoutrement nocturne. Dans quelques minutes, on se retrouvera en plein milieu de ces artistes des rues, dans la fièvre profonde et dynamite de cette place légendaire.
Vraiment, on adore Marrakech. Ville où se côtoient l'arabe et l'authentique encore assez présent, avec l'occidental et la modernité. Pour une fois, je trouve que ce mixage est fait en assez bonne harmonie.
Les gens sont bien plus relax et nous laissent davantage en paix. Est-ce car il y a beaucoup plus de touristes ici que dans les autres endroits que l'on a visités ? Sans doute. Les autorités ont même mis en place une « police touristique », errant en civil dans la médina et sur la place dans le but de protéger les étrangers des éventuels harceleurs et plans foireux. Préserver absolument l’attrait du tourisme dans leur pays, car sans ce tourisme, où pourraient-ils réellement aller? Le touriste est recherché. Pour ce qu’il apporte comme liquidités concrètes. De là à avancer qu’il est bienvenu car « le peuple aime l’étranger », je n’irais certainement pas jusque là.
On vient de trouver quelque chose qui nous a fait trop rire. Je viens d'ouvrir mon mail avant d'écrire ceci. J’ai reçu un message proposant des locations de femmes ou d’hommes de Marrakech, pour une nuit ou même davantage. Le message est assorti de photos scannées des intéressés. Le texte mentionne qu’il n’est « pas question d’échange ». Ces procédés se créent seulement « par amitié », car « tout le monde a besoin d'amour, et a le droit d'avoir une femme ou un homme dans son lit ».
Quelqu'un a dû me voir dans un cybercafé et relever mon adresse Messenger qui reste encodée jusqu’à l’utilisateur suivant sur le programme de chat, lorsque je quitte l'ordinateur. Juste surprenant de se sentir observé de la sorte. Je ne reçois jamais de messages du genre, et le fait de recevoir ça de Marrakech n'est évidemment pas un hasard alors qu'on y est en ce moment.
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