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Maroc 2003
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12 Octobre 2003
Marrakkech médina
| 1 commentaire 1 commentaire

Marrakech, Cybercafé, 12 octobre 2003

Marrakech, franchement ça tue trop ! On adore ! On est ici depuis deux jours, se laissant juste emporter par les marasmes, les bruits, les animations et les chaos culminant dans la ville. C'est passionnant.
Marrakech change de couleur, de température et d'ambiance à chaque tranche du jour. On contemple les dégradés en tous les endroits au fil des heures qui nous passent: dans un café en domptant l’ensemble avec distance, dans les souks, dans la foule, depuis les toits de l'hôtel. Hier au soir, on s'est juste promené sur la place mythique de Jemaa El Fna. Sans but précis, sans temps imparti, juste dans l’intention d’en capter l’essence et d’en ressentir les odeurs profondes. Le soleil commençait à se coucher. C'était l'heure de charger les photos et les prises caméra. La lumière s’était tamisée, l'animation des rues prenait son visage de nuit, plus large et plus rutilant encore de celui qu’elle affiche en plein jour. La place Jemaa El Fna est en journée encore assez calme. Normal vu la chaleur qui l’écrase du lever au coucher du soleil.
Je viens d’armer le téléobjectif, pour zoomer les acteurs de ce spectacle permanent. Je cadre même ceux qui se trouvent loin de moi de l’autre côté de la place. Ils ne m’aperçoivent pas, ce qui me permet de faire passer une part de cette magie qui se déroule sous mes yeux sur mes pellicules et sans aucun problème. Elles n’attendent que de témoigner à leur tour de ces ardeurs artistiques et d’expressions humaines.
Je flashe ainsi pas mal de ces personnages typiques de la place. Des danseurs, des musiciens, des porteurs d'eau, des charmeurs de serpents…Je passe inaperçu, sauf lorsque je pointe l’objectif sur un des cobras se dressant à terre à quelques mètres devant moi. Un homme enragé accourt et me demande de l’argent. Je nie. J’essaie de lui répondre que je visais l’hôtel en face de moi et situé derrière lui. Histoire de lui faire miroiter qu’il se trouvait malencontreusement pour lui dans mon champ de vision. Ce n’est pas crédible, mais jouer au con dans ces cas là est toujours le meilleur moyen de s’en sortir. Jouer la bonne foi et l’ignorance…pour filer en douce et ne point devoir succomber à leurs attentes financières. Il est acharné. Il ne me lâche pas. Il bave. Ses yeux sont injectés de haine. Je lui réponds qu'il devrait moins saliver quand il parle, parce qu'on le comprend mal. Je me tire.
J’aime ce dualisme d’être chez eux. On te sourit, on t’accueille à grands renforts de « mon ami », puis le visage change du tout au tout en à peine quelques secondes. Le frère accueillant passe à l’agresseur presque prêt à n’importe quoi. Heureusement que la pression des regards alentours suffit à les rendre inoffensifs. On s’éloigne.
On observe les échoppes qui se dressent pour la nuit. La place s'envahit, dès que le jour tombe, d'une infinitude de boutiques ambulantes où l'on y grille poissons, viandes, légumes, où l'on trouve des tajines pour « pas cher mon frère » et du thé succulent. Le tout à des prix raisonnables et dans une ambiance de fumée de brochettes, de lampions aux intensités variables selon l'état du générateur, baigné des sonorités des flûtes aux serpents débordant au loin. Mohamed hurle pour racoler ses clients. Aïcha s’affaire à raviver le feu et flanque une poignée de merguez sur les braises. Saïd a réussi son coup, il a convaincu deux passants de s’asseoir à leur échoppe pour une brève consommation.
Chaque gargote est numérotée de 1 à 50. Quand on passe, ils nous accostent pour nous proposer de manger chez eux. On s’esquive. On reporte. Ils nous somment de retenir leur numéro et de revenir plus tard. On dit qu'on essaiera et qu'on le retiendra certainement. Ils ont l’air de nous croire, mais j’ai plutôt l’impression qu’ils ont compris qu’on est entré dans leur jeu.
5 échoppes servent des coquillages, elles sont surélevées. Les lampes à gaz les illuminent et le vendeur s'affaire à racoler ses clients à la criée, comme dans un marché survolté. La lumière jaillit par dessous son visage et fait ressortir ses traits comme ceux d'un personnage mystique. Cette vision est fascinante. On croirait une image de Dieu...qui vend des coquillages.
On s'abandonne encore un peu plus. Cette place dégage véritablement quelque chose de magique. On s’attarde sur la place jusqu’aux petites heures. On se retire vers minuit. On n’y reste pas davantage car quand elle commence à se désemplir et l'ambiance tourne autrement. On se l'est fait remarquer tous les deux. La foule est comme tendue et glauque par endroits. Mieux vaut faire attention. Car tout a deux visages ici. La face de ce que l'on a devant soi change d'après le contexte, d'après les présences, les regards, fussent ils imaginaires, et d'après ce que l'on apporte ou non, sous quelque forme que ce soit. Au Maroc, il ne faut jamais se fier à la première apparence de ce que l’on se représente comme étant la réalité. Se contenter d’un raisonnement si prompt et si simple serait honteux, et surtout naïf. Parfois même, cette suffisance serait impardonnable. La désillusion serait alors telle qu’on s’en rongerait les doigts à sang. Alors mieux vaut s’en prévenir.

 

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