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Maroc 2003
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10 Octobre 2003
Hammam
| 2 commentaires 2 commentaires

Ouarzazate, Hôtel Royal, 10 octobre 2003

En rentrant d’Aït Benhaddou, une fois la nuit tombée, on s’est offert une séance de hammam dans la médina. A chaque fois que j’ai la chance de me rendre dans un de ces lieux au Maghreb, je me sens saisi du mystère qui y règne.
On commence par se déshabiller dans une pièce faisant office de vestiaire. On dépose nos affaires à l’entrée. Le gardien les place dans une case derrière le comptoir. Il est calme. Il est presque endormi. Il nous présente deux seaux noirs usés, en plastique. On comprend qu’on doit les emporter. On garde notre caleçon, on pénètre dans la première chambre.
Les hammams se composent de trois pièces s’enfilant en gradation selon la température qui y règne. La première est sombre. Elle n’est pas très chaude mais la brume la rend opaque. On devine des silhouettes lointaines d’hommes assis à même le sol. Ils se lavent au savon, s’aspergent d’eau ou se reposent simplement. On se rend dans la troisième pièce, la plus chaude, pour y puiser l’eau qui nous servira à accomplir nos ablutions. Je ne sais pas si ceux qui s’y trouvent on remarqué notre présence inhabituelle. Il est vrai que le lieu est mal éclairé, mais lorsque les regards se croisent, il ne se passe rien de particulier, contrairement à ce qu’on connaît en rue. On dirait qu’ici, les règles sont autres. Tant en rue, la sollicitation du faciès étranger est permanente et pour n’importe quel motif, tant ici, on nous est complètement indifférent. On est traité comme des leurs. Avec neutralité, respect, silence et distance appréciable. On est désormais plus ici ce personnage susceptible de leur fournir les quelques dirhams escomptés de la journée.
Est-ce parce qu’ici ils n’ont rien à nous proposer ? Est-ce aussi dû à cette quasi nudité ambiante qui cultive la distance ? Est-ce de la pudeur ? J’ai cette impression d’être ici en coulisses. Loin des jeux et des embrouilles du dehors, c’est comme une trêve. Tant pour eux, entre eux, mais aussi vis-à-vis de nous.
L’endroit semble encore assez propre, même si l’on ne distingue presque rien dans cette pénombre qui envoûte les pièces. Le sol est construit en pente légère de manière à faire écouler les eux usées dans un coin de la salle. Les hommes sont silencieux. Ils ne se parlent pas. Chacun prend soin de lui-même, à un mètre ou davantage de son autre. Il fait paisible. Seul un garçon en masse un autre vigoureusement, il a l’air de s’y connaître. Il agit avec méthode.
Un homme plus âgé puise l’eau à l’aide d’un récipient posé près des 2 bassins. Un réservoir est rempli d’eau bouillante. L’autre est glacial. Il se sert, pose le contenant, se retourne et constate notre présence. Sans un mot, il ressaisit le seau et remplit les 2 nôtres. On lui murmure un discret « choukran ». Il part je ne regarde même pas où.
On se rend directement dans la pièce intermédiaire. Assis à même le sol, on se lave à l’aide d’une brique de savon et à grands renforts d’eau. On alterne l’eau bouillante et glaciale. Je sens mon corps comme purifié par cette abondance d’eau et, petit à petit, je le perçois comme de plus en plus léger. On réitère ce rituel quelques fois, en se rendant aux bassins pour y remplir nos seaux.
La troisième pièce est torride. Il est même difficile d’y respirer aisément. La sensation qu’offre cette eau glaciale projetée par nous-mêmes sur notre peau brûlante est succulente. J’ai même envie de dire que c’est la plus agréable sensation qui puisse être. Ce passage du très chaud au très froid en déversant ce seau d’eau sur nos corps relève d’une espèce d’orgasme cutané. On passe une bonne demi-heure en ce lieu avant de regagner la sortie. On se sent apaisé et complètement nettoyé.
Les autres sont toujours aussi réservés et calmes. Ca fait plaisir de se retrouver, pour une fois, non sollicité pour tout et n’importe quoi. On se rhabille. On paie 6 dirhams au vieil homme qui siège au comptoir. Il n’a pas bougé. Il fume une cigarette discrètement, accoudé sur un tabouret de bois. En sortant, un homme nous mendie un dirham. Il est jeune et n’a pas forcément l’air d’être plus mal en point que la plupart des habitants d’ici. On lui donne son dirham. Fait-on bien d’agir ainsi ? On s’en fout ! On trace dans la médina en direction de l’hôtel. L’apaisement est total.

 

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