Ouarzazate, Hôtel Royal, 10 octobre 2003
Hier, en rentrant bredouille des studios de cinéma, on a croisé Mohamed, un chauffeur de taxi véhiculant les visiteurs d’un coin à l’autre de l’Atlas marocain. On avait appris à le connaître lors de notre semaine passée à l’auberge Erg Chebbi. Il nous a proposé de nous emmener au ksar d’Aït Benhaddou. Ce fort des plus imposants s’est vu classer par l’UNESCO parmi les merveilles du patrimoine mondial de l’humanité. Il aurait été impardonnable de passer ici et d’en omettre la visite.
Vers 15 heures, après une bonne sieste pour passer en douce le cap des heures les plus chaudes, on se retrouve dans le taxi de Mohamed à foncer à travers les vallées desséchées. On ouvre toutes les fenêtres du véhicule pour y laisser glisser un tourment d’air violent. La chaleur devient insupportable.
On s'arrête une première fois devant le ksar qui se profile au loin. Des enfants nous abordent. Ils portent un iguane qu’ils ont ligoté autour de la taille. Ils nous proposent de le prendre en photo moyennant quelques dirhams.
On parvient au pied du site. On dirait un immense fort surgi de nulle part, depuis les sables. Il est entièrement bâti de pierres et de pisé, un mélange de terre mixée de paille et d’une multitude d’autres ingrédients, lui donnant cette allure ocre et brunâtre. Le ksar a servi de décor à de nombreuses productions cinématographiques européennes ou américaines bien sûr. Le dernier film qui s’y est partiellement tourné est « Gladiators ». Les quelques habitants du fort sont d’ailleurs presque tous là pour nous le rappeler avec fierté. Certaines personnes y vivent encore, mais même si l’UNESCO veille à sa préservation, il est regrettable que les boutiques à souvenir pour les toutouristes aient complètement envahi les premières ruelles qui s’enchevêtrent avant de mener au sommet de l’édifice. On se fait une fois de plus accoster tous les 5 mètres, mais les marchands ne sont étonnamment pas trop collants. Sans doute ont ils reçu des consignes précises de la police touristique.
Le soleil se couche petit à petit et les teintes du pisé prennent des allures différentes. Le spectacle est appréciable, même si je me serais attendu à un lieu plu surprenant pour tout le foin qu’on en fait. On traverse les ruelles du fort. Tout est calme. On monte, on monte encore et on arrive au sommet. Là, c'est l'émerveillement, on se découvre face à l'immensité de l'Atlas marocain. Il nous salue. On fait de même. La vue est surprenante.
C’est en cet instant précis que le souffle se retient enfin. Le soleil se couche et le vent devient presque agressif. On se prendrait pour divins au sommet de ce mont de pierres qui n’appartiendrait qu’à nous. On en ressens l’élan des infinités et l’optimisme d’un horizon pur, dégagé, sublime et qui se révèle à nous. L’œil capte et l’âme prend son temps à poser ses réalités. On se ralentit pour en prélever les moindres saveurs. Ce moment est magnifique. Le spectacle est splendide. Les terres sont ocre, jaunes, grises, blanches, orange et roses, s’entremêlant en une harmonie parfaite. On dirait le paysage dessiné d’une main délicate.
Le soleil se fait de plus en plus timide et l’on regagne l’entrée du site pour retourner sur Ouarzazate. Le trajet du retour est mystérieux. On n’échange presque aucun mot. Nos yeux sont rivés sur la lune qui se défile face à nous. Elle est presque pleine, il ne manquait plus qu’elle. Elle nous accompagne tout au long de la route.
Demain, on part à 8 heures pour Marrakech. On s’est acheté un ticket de bus CTM. Le prix est plus élevé mais le col du Tizi N’Tichka nous vaudra bien le supplément. Confort et sécurité doivent primer avant tout. On gagnera Marrakech vers midi.
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