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Maroc 2003
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07 Octobre 2003
Boumalne de Dadès (partie 1)
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Boumalne De Dadès, Cybercafé, 7 octobre 2003

On erre depuis ce matin comme des oiseaux libres dans les montagnes du Moyen Atlas. C'est superbe ici : l'air est pur, les habitants sont shanti, on se laisse bercer par les rayons du soleil qui rend splendeurs les vallées de rocailles et les lointaines palmeraies de ses rayons orange.
Alors, par quoi commencer ? Ca fait plus d'une semaine qu'on a plus écrit mais il y a eu tellement de choses que je ne sais pas quoi conter en premier. La dernière fois qu'on s'est planté dans un cybercafé, c'était avant notre trip au désert. On allait rejoindre Mimi qui s'était fait emporter malgré elle dans une auberge autre que celle où l’on s’était donné rendez-vous. Elle s'était laisser baratiner par l'honnête monsieur racoleur de Rissani que la seule auberge accessible était « La Hamada », et que celle où l'on comptais se retrouver n'existait plus. Ou qu'elle avait disparu dans les sables ou…je ne sais plus trop quoi exactement !
Bref, on s'est finalement retrouvé au pied des dunes de l'Erg Chebbi, marquant le début du désert saharien. On est resté deux jours avec Mimi et Nils. Fed et moi y sommes restés une semaine. 7 jours immergés dans les tempêtes de sable, dans les silences qui parlent, sous un soleil de plomb, entre les dromadaires et les 1001 bestioles bizarres laissant des traces sur les flancs des dunes vierges et nous faisant nous poser des questions.
Les levers de soleil étaient carrément sublimes. On devait se mettre en route vers 4 heures, tout était encore noir. On dévalait et on grimpait les dunes à l'aide de notre lampe de poche. Il faisait froid, sans soleil et si tôt le matin. On montait sur ces géants monts des sables de teintes orange, on les gravissait un à un, tout essoufflés, mais la magie du spectacle nous valait bien ça ! Tout en haut des dunes, un choc de beauté à chaque fois renouvelé. Une étendue à perte de vue, faite de vallons sablonneux, s'étendant jusqu'en Algérie et jusqu'au Mali. Un paysage surnaturel et lunaire, une lumière à la frontière du gris tellement ce soleil devenait lourd déjà vers 8 heures du matin.
De longs moments de silence, à se questionner sur sa condition d'Homme minuscule face à de telles amplitudes. Une leçon d'humilité irrésistiblement délicieuse, une paix de roi et un silence valant bien tous les discours du monde, dont on a du mal à se défaire. Y a rien à dire. C'était divin.
Une fois que le soleil se faisait torride et que l’eau courait à sa fin, on revenait sur nos pas. On dévalait les dunes comme des gosses à se laisser rouler, à vider les chaussures que l’on gardait par précaution pour les scarabées et méchants serpents. On retournait vers l’auberge qui nous paraissait déjà bien trop lointaine. Les journées se ponctuaient de nos écritures respectives, de nos moments d’introexploration et de silences sans fin.
On a passé une nuit en plein désert à dos de chameaux, dans un village de nomade reculé derrière les dunes et connu du personnel de l’auberge. On a monté les chameaux en fin d’après-midi, et ce pendant quelques heures. On y était à la tombée de la nuit. Une nuit passée sous les étoiles, avec pour seule lumière celle de l’astre lunaire qui veillait sur nous comme par enchantement. Une délicieuse rencontre avec ces habitants du lointain, réjouis de nous voir débarquer parmi eux. Une soirée passée autour d’une table au milieu des sables, avec la théière et les délires de jambés pour s’en ressentir encore plus vivants. Un lever de soleil touchant au mystique, sur d’infinies étendues de vallons dorés semblant s’étendre même au-delà de notre propre univers.
Après une semaine, on a repris la route de la civilisation. Quel choc de se retrouver sur le toit de la camionnette, avant hier à 6 heures du matin, à voir défiler la soudaine route goudronnée et les premiers panneaux de signalisation. On regrettait déjà « notre désert ». On débarque à Rissani qui dort encore. Cette ville où les gens s'arrachent ton corps et ton fric comme des rapaces affamés s'arrachent un morceau de viande trop bref pour satisfaire la cause. On nie tout en bloc. Au loin les mouches ! On en veut plus. On se pose à la gare routière.
On a pris le bus pour Tinerhir et un taxi pour les gorges du Todra. On y est resté un jour. Elles sont spectaculaires et représentent une des merveilles naturelles du Maroc. Imaginez de géantes montagnes, hautes à en donner le vertige même demeurant à leurs pieds, de couleur ocre, creusées d'un profond sillon dans lequel on déambule, coincés des deux côtés entre les rocailles. Le tout parsemé ça et là de quelques palmiers, en croisant de temps à autre une petite berbère avec ses enfants et son âne, qui se rend dans le monde des humains pour y faire des courses.
Tout était asséché depuis des semaines, mais on a eu la chance d'avoir de la pluie la veille lors de notre arrivée. Vers midi le lendemain, alors qu'on était en plein milieu de la vallée, en plein silence, on entend un bruit de source. Le fleuve qui emplissait jadis les gorges avait apparemment repris vie. Il dévalait la montagne et les rochers. On en était les premiers témoins. On s'est posé avec nos appareils au sommet des rochers pour filmer cette naissance de nature. L’enjouement d'images était tel que l’on s'est retrouvé encerclés d'un torrent de boue qui était né bien plus vite qu'on ne l'eut pensé. Là, on a un peu flippé. Plus possible de rejoindre l’autre rive sans faire le grand saut. Fed avait réussi à passer mais moi je voulais encore tirer quelques images. On s'en est tiré en sautant d'un rocher à un autre avec les rapides sous les pieds. Hem…tout va bien ! On a de superbes images !
On a quitté le Todra ce matin. On s'est retrouvé à Boumalne de Dadès, une ville perdue dans le Moyen Atlas. Il fait superbement paisible ici aussi. Les gens ne sont pas collants, il fait super beau. Les paysages s'étendent au loin en tons d’orange et de gris. Tout est désert mais ce n'est plus le désert. La région est connue pour ses kasbah, ses ksour et ses forts. C'est magnifique.
Demain, on file à Ouarzazate. On ira voir les studios de cinéma et les décors de grands films tournés ici. Puis, encore un tour dans la région et on sera à Marrakech dans 3 ou 4 jours Inch’Allah, à moins qu'un paysages splendide ne nous force encore à sauter d'urgence du bus par une attraction irrésistible, comme c'était le cas ce matin. On laisse les vents guider nos pas. C'est notre Inch’Allah à nous.
Tout va donc toujours bien. Et même parfaitement bien. On adore ! Le pays est superbe. Les gens sont adorables, même s'il faut faire un sérieux tri entre la bonne, et la mauvaise et fausse « hospitalité et gentillesse ». Mais on se débrouille ! On écrira sans doute de Marrakech dans quelques jours.
Pask et Fed.


Boumalne de Dadès


Boumalne de Dadès


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