Il fait de plus en plus frais. On dirait qu’un orage se prépare. Le vent se lève de temps en temps mais se calme aussitôt. Il est peut-être 13 heures et l’on progresse lentement dans les sentiers rocailleux de ces lieux à s’en couper le souffle. Occasion pour nous de contempler les arbres solitaires qui s’érigent au sommet des falaises et qui nous semblent inatteignables de ce bas monde. Je les envie. J’aimerais soudain me sentir aérien pour aller les rejoindre.
Les falaises sont tellement imposantes quelles sembleraient pouvoir s’écrouler à n’importe quel moment. Elles sont éternelles et stables. On s’émerveille à fixer les nuages qui défilent au-dessus de nos têtes à toute allure, contrastant avec l’immuable des montagnes. Les heures passent et l’on ne croise nulle âme errant à la ronde. De temps à autre, un gros camion rempli d’indigènes passe sur la route qui surplombe le tracé de la rivière. Ils nous saluent sans s’arrêter, peut-être s’amusent-ils de nos pas égarés. Puis le bruit du moteur s’évanouit dans la vallée immuable.
On pense à faire demi-tour. Il est déjà 15 heures et l’on doit regagner le village avant la tombée du jour. La rivière nous semble de plus en plus importante. Les gradations de couleur des paysages varient à chaque minute. L’œil est en orgasme permanent. Au soir, alors qu’on est tranquilles à parler dans la chambre, on entend un lourd grondement. On ne s’en soucie guère. On apprendra par après que la rivière est sortie de son lit. Qu’elle a envahi la palmeraie. Ce n’est plus arrivé depuis des mois.
Il est 22 heures, je tombe de fatigue. Fed dort déjà. On rejoint Tinerhir demain, au lever du soleil.
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