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Maroc 2003
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02 Octobre 2003
Sahara discovery
| 1 commentaire 1 commentaire

Dunes de Merzouga, Auberge Erg Chebbi, 2 octobre 2003

Ca fait 3 jours qu’on s’est planté dans le désert. On erre nos temps et nos activités entre les tempêtes de sable et les ballades au haut des dunes ou dans les rocailles du grand Reg.
La météo est variable et passe de la tempête au calme apaisant. L’endroit adopte un visage nouveau à chaque heure. Il devient méconnaissable d’un moment à l’autre. Ses contrastes sont surprenants, les splendeurs des lieux nous éblouissent à chaque pas. A se demander quelle doit bien être notre condition d’Homme, pris dans une telle immensité.
L’auberge où nous nous sommes posés est une espèce de fort bâti en pisé, perdu au milieu de nulle part. Elle s’étale modestement au pied de l’Erg. Elle devient minuscule dès que l’on s’en écarte et qu’elle nous apparaît dans son décor d’ensemble.
En me baladant sur ces immenses étendues de terres noires et rocailleuses, je me sens soudain tellement minuscule, tellement étroit face à cet infini désert. On est somme toute que si peu de choses, extérieurement. Et dire que notre immense contenu se résume en une si mince enveloppe corporelle, à présent plongée dans ce vaste espace qui ne la remarquerait même pas. Les visiteurs de ce type d’endroit ne peuvent qu’être frappés d’une bonne leçon de pure humilité. A quoi bon se prétendre au-delà de sa consistance ou de sa propre importance ? On est ici résumé à ce que l’on est, et sans excès. A quoi bon désormais tricher ? La nature est là pour nous faire effondrer nos surplus. Les repères de temps et d’espace nous sont à présent disloqués. On oscille de matin à coucher de soleil sans règle ni rythme précis, on se retrouve physiquement au milieu de nulle part sans repères, alors que l’intime intérieur connaît précisément ce à quoi il est en train de songer. On se ballade dans une direction, de manière estimée rectiligne. On se retourne et l’on réalise que notre trajectoire a complètement dévié d’un côté ou d’un autre. On aurait envie de se dire que ce sont nos repères qui nous taquinent et qui ont déménagé dans notre dos. Mais l’on sait que c’est rationnellement impossible. On en vient à douter de nos propres sens et perceptions. Le désert semble connaître ses règles propres, autres que celles auxquelles nous sommes habitués. Tout ici semble plus chaotique et moins rationnel. On se mettrait même à voler face à de telles sensations de liberté. D’un autre côté, l’esprit s’éclaircit et son raisonnement se montre davantage fin et rigoureux. Un paradoxe. Inutile d’essayer de le comprendre. Ce lieu n’est même pas à expliquer. Il est. Et c’est tout. Les mots sont bien trop faibles. Ce sont des sensations et des fusées ponctuelles d’idées qui agrémentent mes quelques propos. De manière incohérente.
Le calme est partout. Le silence est complice, il parle. Il est d’une richesse supérieure à n’importe quelle lettre. Il ouvre au recueillement et permet de se reconquérir. C’est perdu dans ce genre de lieux où je ne suis rien, que je ressens l’entier et que je me retrouve intégralement. C’est au milieu de ces vents et de ces silences que j’entends mon âme parler. Elle tient ici la parole puisque nul n’est désormais présent pour essayer de lui ôter son ultime importance.
C’est entre autres ici que je reprends la vérité. Fi du reste et d’un monde sans majeur intérêt pour tellement bon nombre, j’accède ici à l’essentiel qui se résume sans doute à ce rien, à ce silence et à cette immensité. Car quelle puisse être vérité si ce n’est les évidences et les découvertes que l’on s’offre à soi-même ? Qui d’autre irait les chercher à notre place ? Les choix sont infinis, mais s’il est un dessein ou un trait conducteur que je donnerais à cette vie, c’est bien celui-là. Cette marche vers les découvertes et les sommets, cette rage de voir et de témoigner, cette fougue ultime de briser les glaces et les silences dans lesquels le monde pourrait s’être inhibé. Cette fureur de vivre et de dévorer à dents pleines sa propre existence, puisqu’elle est simplement bien trop courte. La seule condition pour accepter sa propre finitude et sa mort physique inéluctable est pour moi cette course, cette fuite en avant, pour en retirer sa vie et non sa simple survie.
Toutes les pollutions de l’Homme sont à présent loin derrière et j’en ressens l’authentique originel. Comme si j’avais tout laissé derrière pour retrouver cet être tacite, abstrait et sans visage qui m’a toujours permis de fidèlement me recouvrer en ma vie. Il est là. Ce n’est que le début mais je le sens. Il a remarqué ma présence en son empire. Il se rapproche en ce moment de moi, je l’entends galoper au loin. Je le retrouve enfin.

 Dunes de Merzouga-Erg Chebbi


 Dunes de Merzouga-Erg Chebbi


 

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