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Maroc 2003
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30 Septembre 2003
Bus dans le Rif (partie 2)
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Les heures passent. Les arrêts deviennent de plus en plus fréquents. A chaque fois, une poignée de gens pénètrent dans le bus. Ils s'assoient sur les quelques places restantes ou au milieu du couloir, faute de disponibilités. Ce doivent être des montagnards qui empruntent le car pour se rendre au village d'à coté. On aperçoit des femmes voilées, des hommes en tunique, à la longue barbe et à la capuche conique. Aussi quelques enfants, qui ne cachent pas leur étonnement de trouver deux visages plutôt inhabituels à bord du véhicule. Le premier bus du matin doit sans doute faire escale dans chaque village. On a l'impression de ne pas avancer. Il commence à faire chaud. Il est 11 heures et une pancarte nous annonce que Fès est encore à 186 kilomètres.
Les gouffres que longe la route sont impressionnants. Par moments, on en a même froid dans le dos. Le Rif est d'un imposant rare, il fascine mais fait peur à la fois. Face à de tels géants de pierres, on ne peut que ressentir une humilité pure et profonde. On reste silencieux. On se retrouve soudain en pleines plantations, d'oliviers entre autres, puis les échappées qui s'offrent à nous semblent s'être transformées en façades de pyramides sèches et dorées. On est comme coincés dans un énorme tunnel de blé à ciel ouvert.
On se laisse aller. Les odeurs passent à travers les fenêtres et complètent le sublime du moment. De temps à autres, un de nous deux tire l'autre de son inhibition pour lui faire remarquer les carcasses de voitures déchirées en bas de la route. On en plaisante. Ca passe mieux.
Il est 14 heures passées. On n’a toujours pas gagné Fès alors qu'on était censé y être à 11 heures du matin. On entre dans un petit village. Fès ne serait plus qu'à 40 kilomètres. On aperçoit au loin, sur le parking des bus, une camionnette avec le logo de la société néerlandophone de transport « De Lijn ». Etrange de la trouver ici. On se demande comment elle est arrivée là.
Vers 15 heures, on aperçoit enfin les remparts de la vieille ville au détour d'une de ces innombrables vallées. Fès se dessine comme une cité sortie droit de ces paysages desséchés et ocres, telle une vision presque surréelle. Le bus pénètre dans la médina. On se charge nous même de débarrasser nos sacs du toit du bus, malgré les âcres et insistantes propositions de ces hommes toujours avides du bakchich inconditionnel.
On fait la file au guichet. On se prend un ticket pour Rissani qui nous mènera aux portes du Sahara. Le bus part à 22h30. On sera dans le désert le lendemain matin, au lever du soleil. On est tout excités.
La nuit dans le bus se passe comme deux sardines encastrées dans une boîte minuscule. Les sièges sont défoncés. La banquette de devant est comme rongée, la mousse en sort à profusion. On grignote quelques olives et une poignée de dattes avant de s'effondrer comme des masses. On a à peine quitté Fès que l'on ne se rappelle déjà plus d’être resté conscient.
Vers 6 heures du matin, on se retrouve à Erfoud. On aperçoit le soleil qui se lève au loin entre les palmiers et les sables encore glacés de la nuit. Un homme nous réveille dans le bus, une boulette de shit dans le creux de la main. Ils sont désespérants, on dirait qu’ils n'ont que ça dans la boule. Ca doit leur faire passer la vie plus vite. D'un autre coté, il est certain que plein de touristes entretiennent le mythe de l'étranger venu ici pour taffer à l’excès. Alors vers qui se tourner? On s'en fout. Il enchaîne ensuite sur des propositions de transport en jeep ou de méharées. On est encore naze, on nie. On remonte dans le bus.
On a gagné Rissani vers 9 heures. Dès notre arrivée, on s’est fait oppresser par un essaim de mouches plus gluantes les unes que les autres, chacune essayant de nous déchirer pour obtenir le profit escompté. Une ville réellement infernale. On s’est réfugié dans le cybercafé, le seul endroit où l’on puisse apparemment trouver ici la paix.
Il est maintenant 10 heures. On part en fourgon à 14 heures avec monsieur Lamoum, un honnête et clean que l'on a rencontré en bas du cybercafé. Enfin clean…jusqu'à preuve du contraire, mais l’intuition est bonne. On restera dans le désert une bonne semaine. Coupés de la civilisation, coupés du monde et de tout, seuls avec nous-mêmes, au milieu de rien. Pour se retrouver intégralement. On est impatients. Plus que quelques heures à tirer ici, dans la « civilisation » !

Trajets de bus dans le Rif


Trajets de bus dans le Rif


 

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