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Maroc 2003
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26 Septembre 2003
Chefchaoeun - Rif moutains
| 1 commentaire 1 commentaire

Chefchaouen, Cybercafé, 26 septembre 2003

On est à Chefchaouen depuis hier. On n’a pas donné de nouvelles depuis Fès car on s'est presque encouru de cette ville.
A Mekhnès, on a encore évolué à l'aise jusqu'au lendemain matin. Mekhnès est une superbe ville, les gens sont adorables et les faux guides ne sont pas trop collants. On était bien dans un hôtel petit budget, avec une terrasse surplombant la médina et les vieux quartiers, ponctués par les minarets poussant au loin. C'était parfait. On s'est tiré en bus à Fès et là...ce n’était pas la même chose ! Fès est grouillante de bruit, de chaleur et de monde. Des gens collants comme ce n’est pas possible, qui tentent de t'emporter n'importe où bon leur semble pour se faire de la thune sur ton dos. Des passants qui n’ont guère d’intérêt pour ton personnage, mais bien pour ton portefeuille ou pour quoi que ce soit qu’ils pourraient te soutirer. C'était infernal. On a tenté de virer le tout en rigolade, pour ne pas tourner nous-mêmes à l'aigre.
On se plante à la Bab Ftouh, la porte à l’est de la cité impériale. Déjà, on devait trouver cet hôtel « pas cher mon frère » situé en pleine médina. On s'est retrouvé entraînés par un môme dans un hôtel pourri ressemblant à un pensionnat désaffecté et radioactif. Ils nous demandaient 60 dirhams la nuit ! La peinture tombait des murs, les couvertures étaient crades et déchirées sur les lits. Mmmm…on va voir ailleurs ? On s’est retrouvé à l'hôtel Andaluz de la rue d'à côté, tenu par un vieil homme qu'on réveille pendant sa sieste. Il vit à l'endroit qui sert de « réception » à la guesthouse. Dans un espace de peut-être 2 mètres carrés, il a posé son lit, son bureau pour ses affaires d'hôtel qui sert aussi de table à manger, sa TV avec diffusion de chaîne mexicaine et son butagaz pour faire sa cuisine. Il est installé là, il doit avoir la soixantaine. Il s’appelle Shakir.
On monte à la chambre pour déposer les sacs. On se débarrasse et on redescend pour croquer la ville à pleines dents. Il nous propose d'entrer dans son petit endroit. On s'assied sur le lit. On trouve une bouillie de pois chiche sur la table, avec du thé menthe et du pain. Il nous dit « cool », qui veut dire « mange » en arabe. On dîne avec lui. On grignote avec nos doigts. Il ne parle pas français, on se débrouille tant bien que mal. Aux murs, un poster de ...Vanessa Paradis et de Patrick Bruel. A la télévision, une chaîne mexicaine avec une série Dallas avec un acteur qui s'appelait justement « Federico ». On se fait rejoindre par son fils et un ami à lui. Ils ont plus ou moins notre âge. A la fin du repas, papy Shakir s'appuie sur le mur. Il est toujours assis à coté de moi. Il sort une boîte ronde de son tiroir. Il allume la mixture et fume sa pipe de haschich. Ca se passe comme ça ici ! C'est tout naturel.
On s'aventure dans la médina après le festin des pois chiche et les torpeurs de chichon. La proximité entre les gens est ici beaucoup plus forte. Elle en devient presque oppressante. On fait attention de ne pas se faire écraser par les carrioles de légumes qui dévalent les venelles en pente. Elles n’ont pas de freins. Elles filent à toute allure dans les rues et ruelles abruptes de Fès. Seule la force éventuelle du vieil homme qui les guide est censée les retenir pour ne pas provoquer d’accidents. Ils crient juste « balek balek » pour nous faire déguerpir. Encore faut il comprendre la signification de ce terme. On est censé s'écarter à temps.
Les ânes sont cruellement chargés. Ils portent parfois une dizaine de ces caisses rouges de bouteilles de Coca-cola que l’on trouve à l'arrière des restaurants. Ils affichent un air penaud. On les dirait victimes du labeur de l’Homme. Les enfants nous accotent sans cesse pour réclamer des stylos, des dirhams ou pour se faire guide. On les envoie gentiment balader, mais ils nous escortent quand même encore pendant des centaines de mètres. On rigole avec eux, puis tout finit bien. Ces gamins n'ont rien à faire de leurs journées. Après l’école, s’ils ont encore la chance d’y aller, la seule solution qui leur est offerte pour se faire un peu de pécule à eux ou à leurs parents est de s’agripper aux étrangers de passage dans les allées de la médina. Pour servir de guide ou de faux guide qui te mène alors dans les boutiques d’artisanat. Ils touchent une commission s’ils y conduisent des clients. On en parle aussi aux jeunes de notre âge. Tous évoquent ce même problème de non avenir et de pauvreté, prônant comme solution miracle l'exil économique en Europe. Cette Europe qui leur apparaît comme idole, l’Europe qu'ils fantasment dorée et sans pincettes. Leur idéal est sans concession. Ils ne veulent rien entendre lorsqu’on leur affirme que nous aussi, on a du mal à se trouver du travail. C'est le rêve. Un point c'est tout.

 

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