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Maroc 2003
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24 Septembre 2003
Mekhnès - Najia
| 5 commentaires 5 commentaires

En attendant, on fait un petit tour dans la vielle médina. On se fait aborder tous les 10 mètres. Ils prennent Fed pour un Marocain, et moi pour un Italien. A chaque coin de rue, on m'adresse le « bongiorno ». Il paraît aussi que je ressemble à David Beckham. Je l'ai au moins entendu 20 fois aujourd'hui. Ici à Mekhnès, dans la médina, les gens sourient en permanence. Ils t’observent en souriant, ils sont vraiment beaux. La chaleur humaine est délicieuse. Jeunes ou plus âgés, mêmes les très âgés nous saluent et nous souhaitent la bienvenue dans leur pays. Ca nous fait chaud au coeur. Les enfants sont trop mignons. Ils sont toujours très curieux de tout. Ils viennent nous parler, nous posent 1001 questions sur nous, nous réclament des « stylos », ils nous demandent aussi si on parle arabe.
A 11h30, on est là, à attendre en plein soleil sur les marches de la médina. Hemza, le petit garçon de Najia, arrive tout excité avec sa maman. On part avec eux. Elle est en djellaba, elle ne porte pas le voile. Elle respire la sagesse, elle est élégante. On traverse les rues. Hemza est surexcité, sans doute à l’idée d’accueillir des étrangers chez lui. Il sautille en marchant. Najia s’attarde dans le marché aux légumes, elle doit encore faire quelques courses pour le dîner. Elle nous propose de suivre Hemza et de gagner la maison avec lui.
On est en confiance.
On entre chez eux, dans un genre de maison typiquement marocaine. Les murs sont bleu délavé, le soleil enveloppe les longs divans allongés contre les murs et reflétant cette chaleureuse évocation de convivialité. La table basse trône au milieu du salon, la TV est encore allumée et diffuse des séries et de la musique orientale. Jalila, la fille aînée de Najia, sort de la cuisine. Elle a 11 ans. Elle est belle et coquette. Les traits de son visage sont d’une finesse éclatante. Elle parle parfaitement bien français. Elle est aussi enchantée de notre arrivée chez elle. La maman arrive. C'est génial.
On s’assied dans le salon. Les enfants s'installent à côté de nous. Ils nous parlent comme s’ils nous connaissaient depuis toujours. On a l’impression d’être reçus comme des membres de la famille. L’accueil est peut-être même encore bien plus chaleureux. On parle en sirotant le thé menthe traditionnel. Najia est là avec nous. On l'aide à préparer le repas, on fait bouillir l’eau du thé avec elle, on accommode les légumes qu’elle vient d’aller chercher au marché. Le tajine sort de l’armoire. La cuisine est minuscule, mais on se retrouve à quatre dedans, et sans aucun problème. L’équipement est tout simple, mais tout y est. Le plafond est bas, l’espace est exigu, mais la fenêtre barrée d’une grille en fer forgé et donnant sur la rue ensoleillée nous offre tout l’espace nécessaire. Cet endroit a quelque chose de charmant.
On chatche avec Najia et ses enfants, tout naturellement. Pas besoin de se forcer, les mots viennent d’eux-mêmes, on se sent vraiment à l’aise. On est encore surpris de se faire ainsi inviter par une femme musulmane, à manger chez elle, seuls, avec ses deux enfants. Mais tout semble si naturel. Cette atmosphère de beauté humaine qui se dégage dépasse bien toutes les règles, fussent-elles sociales ou religieuses.
Leur troisième fille, Doha, nous rejoint. Elle revient de l'école. Elle a 6 ans. Elle est trop craquante. Elle se débarrasse et vient immédiatement nous rattraper à la cuisine. L’ambiance est excellente. On parle de l'école marocaine avec les bambinos, ils nous montrent leurs livres de français. On discute du Maroc et de notre pays à Najia, elle parle de son mari militaire, elle parle aussi de sa vie ici. On passe à table, elle nous a préparé le tajine traditionnel, sans couscous mais avec morceaux de gros pain. On mange avec nos doigts. Les Marocains n’utilisent pas d’assiettes individuelles. Le mets est posé au centre de la table ronde, et chacun se sert en tendant la main. Le morceau de pain peut aussi servir de « pince » pour les petits morceaux de légumes et la sauce qui baigne au fond du plat. C’est délicieux ! On boit le thé, elle nous en ressert. Najia envoie même sa fille à l’épicerie pour aller acheter une grande bouteille de « Coca marocain ». L’ambiance est formidable.
Les enfants donnent une superbe énergie au repas, tempérée par la sagesse de leur maman qui nous parle de choses belles et intéressantes. Elle nous converse sur sa vie, on parle de la nôtre. On s’échange sans barrières, comme de vieux amis qui se réconfortent en se révélant leur existence. Elle nous exprime les valeurs qu'elle désire inculquer à ses enfants envers et malgré tout, la liberté qu'elle tient à se préserver envers et contre tout. Elle parle des craintes qu'elle conçoit quant à l'avenir de ses enfants, ici à Mekhnès. La difficulté de se forger une place intéressante dans la société marocaine, les choix de vie qu’ils seront amenés à prendre dans une société en pleine mutation, dans un pays où l’avenir des jeunes semble plus que jamais difficile. Un être d’une beauté rayonnante, un personnage fondamentalement bon. Najia ne peut qu’inspirer l’estime et un profond respect. Ce sentiment est apparemment réciproque à notre égard. Elle nous dit qu'on est « comme les Arabes », que certains étrangers se montrent distants vis-à-vis de cette culture différente de la leur, mais qu’elle nous considère comme ses frères. Elle est émue en disant cela. On sent sa sincérité.
Les gamins sont intrigués par nos appareils photos et vidéos. On les laisse jouer. On leur visionne des cassettes vidéos que Fed a dans son sac, anciennes et non encore effacées, avec des images tournées par exemple lors de la fête nationale dans le centre Bruxelles. Pour leur donner un aperçu de ce qui se passe là-bas et à quoi ressemble la Belgique.
Najia nous offre une djellaba pour nos futures épouses, elle nous emballe même du pain dans un linge blanc pour la route. Elle offre un livre en arabe à Fed et un Coran à moi, en nous disant qu’elle « demande à Dieu de veiller sur nous et de nous rendre heureux ». On échange avec elle en totale liberté. Elle nous parle même de politique, alors que l’on sait qu'ici, de ce point de vue, les langues sont habituellement liées. Elle parle de l'hypocrisie de la religion et de certains de ses pratiquants, des problèmes de la jeunesse au Maroc. Une femme honnête et intègre.
Elle était pharmacienne mais ne travaille plus depuis qu'elle a ses trois enfants. Elle attend son quatrième pour le mois de février. Elle espère avoir un garçon.
Vers 16 heures, les enfants doivent retourner à l'école. Leurs horaires au Maroc sont irréguliers, ils dépendent des chaleurs sans doute. Ils ne commencent parfois les cours qu’à 15 heures ! On quitte la maison. On conduit les enfants devant la porte de l’école. Les gens autour de nous s’étonnent de notre présence. La spontanéité des petits est superbe. Ils nous épient sans masque. Ils ont l’air timides. On dit au revoir aux enfants de Najia. On part visiter quelques monuments de Mekhnès avec elle : le Bab Mansour et la mosquée Moulay Ismaël. A 18 heures, Najia nous quitte. Elle retourne chercher ses enfants à l’école. Son mari rentre vers 20 heures.
On est sincèrement ému de cette rencontre. Cette dame est géniale. On a eu de la chance d'avoir un tel contact avec cette femme. Invités, à 2 étrangers, à manger et passer toute l'après midi chez une femme musulmane et seule à la maison avec ses enfants, comme ça, ne se connaissant même pas, je crois pas que ça ne doit arriver tous les jours. En plus, en pure limpidité et sans intérêt escompté, on a une chance extraordinaire ! Elle ne s’explique sans doute même pas.

 

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