Casablanca, Gare routière, 22 septembre 2003
Au matin, le contraste d’avec nos visions nocturnes est violent. Le quartier grouille de monde. Son agitation est à l’extrême. A peine levés, on s’est lancé dans l’ancienne médina de Casa, histoire de se jeter directement à l’eau. Et sans concession. A nous Casablanca ! L’excitation de l’autre et de l’ailleurs nous gagne. Le plongeon, total. Les odeurs, les couleurs, la température et les décors nous taquinent les vertèbres. On reste attentif à tout on se délecte du soleil et de la chaleur des lieux. On s’y plonge petit à petit, entre les paniers de dattes et les stocks de babouches.
Faire en premier lieu un tour dans la médina, en arrivant dans une ville du Maghreb, est un excellent moyen de se retrouver dans la culture locale. C’est là que se réunit la vie encore authentique des habitants. En concentré, et de toutes couleurs. On se fait aborder en rue pour les premières fois, c’est le début d’une infinie série, très certainement. On nous propose des tapis, des théières, du haschich, ou de s’approcher des boutiques« juste pour le plaisir des yeux ». Les « Salamalekum » fusent à droite à gauche. On nous souhaite « la bienvenue au Maroc », l’accueil est chaleureux. On croise d’autres personnes qui ne prêtent guère attention à nous. Ils vivent leurs vies. On aperçoit des femmes voilées des pieds à la tête. Certaines n’ont qu’une mince visière leur permettant de distinguer devant elles. Le reste de leur corps est entièrement couvert, à l’exception de leurs mains qui dépassent de leurs manches, selon les mouvements qu’elles accomplissent. En quelques minutes, l’eau de l’immense bain dans lequel on vient de se plonger nous paraît bonne. On s’abandonne en confiance. On flâne entre marchands d’épices et d’articles contrefaits. On s’enivre des premières musiques locales et tonitruant dans ce genre de vieux baffles que l’on dirait expressément saturés pour conférer davantage de cachet au son qui en émane.
Casablanca rappelle ce genre de ville moderne et industrielle plutôt typée du sud de l’Europe. Elle est de teinte principalement blanche, d’où son nom. La ville en elle-même n’évoque rien de particulier, si ce n’est le contraste entre la prospérité des affaires qui s’y déroulent et le dénuement du peuple vivant dans la médina, à quelques mètres de là. L’Hôtel Hyatt Regency s’érige, sans esthétique aucune, de sa dizaine d’étages, et couvre d’ombre les commerçants de fruits et légumes qui disposent leurs marchandises à même le sol, couverts de mouches. Ce premier tour dans la vieille médina est succulent.
On se dirige vers la mer. On en connaît pas la direction exacte, mais on la préssent de par la direction du vent plus frais qui balaie la ville. On s’aventure dans un terrain vague, sans trop se soucier de l’endroit où nous mèneront nos pas. On dirait un chantier de construction désaffecté. L’endroit est dégueulasse. Occasion pour nous d’être les témoins privilégiés et voyeurs d’une âme solitaire qui pêche en fixant l’horizon. L’homme reste là, stoïque et imperturbable de la violence des vagues qui se fracassent à ses pieds. Il ne nous remarque même pas.
Plus au sud, toujours face à l’océan, s’érige la faramineuse mosquée érigée en son honneur par le roi Hassan II. On la dirait sortie de nulle part depuis le chaos dans lequel on tente de frayer nos pas.
Sa beauté nous impressionne davantage au fur et à mesure que l’on se rapproche d’elle. Et dire que la population vit à deux pas de là, dans des bidonvilles ! Et dire qu’en termes de statistiques, un habitant du Maroc sur deux vit en dessous du seuil de pauvreté.
On découvre la mosquée sous tous les angles appréciables de nos objectifs. L’inspiration d’esthétique est à son comble. On se fait discrets pour surprendre les fidèles durant leur culte. L’ambiance sur le lieu est calme et sereine. On se délecte de la brise marine qui nous caresse de manière presque sensuelle. L’édifice d’intention royale est le plus vaste monument religieux du monde, après celui de la Mecque. Hassan II voulait que la plus grande ville de son royaume soit dotée d’un monument à la hauteur de son règne. Un subtil leg narcissique à la postérité.
La mosquée occupe 20000 mètres carrés et peut contenir jusqu’à 25000 personnes ! Elle fut érigée en 1989 à la hâte. Une vraie course contre la montre pour livrer au souverain un gâteau babylonien de béton, à l’occasion de son soixantième anniversaire.
De retour vers le centre ville, on s’attarde dans un bui-bui de fortune, histoire de nouer nos premiers vrais dialogues en mangeant avec les Casablancais. Nos tickets CTM sont en poche. Le bus pour Mekhnès part à 17 heures.
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