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INDE - Calcutta
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06 Juillet 2002
Orphelinat-Vie des rues (partie 3 )
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Une bonne demi-heure plus tard, on était dans le petit cabinet tout simple d’un docteur indien aux cheveux gris. Super sympa. He spoke a little English, so that we could get understood . Sumir avait plein de gaz dans le bide. Le docteur disait que si c’était soigné, ça devait normalement être rien de grave. Les croûtes aussi sont dues à une infection interne, due au manque d’hygiène à cause de la mousson. Pour la fièvre, il savait pas trop, malaria ou simple fièvre car infection. Bref, il faudrait faire une prise de sang, mais il disait d’attendre de voir comment Sumir évoluerait. Il a donné des comprimés et de la crème pour ses croûtes. Il était honnête ce doc, il ne m’a fait payer que 80 roupies, il n’a pas profité de ma tête d’étranger pour facturer un plus gros prix comme certains n’hésiteraient pas à le faire.
Samedi, en fin d’aprèm, après Dhya dan, on doit retourner chez le docteur avec Sumir, j’ai dit que j’irais avec eux normalement. Là, je l’ai revu hier soir, et cet après-midi. Il va mieux, il rigole, et son front n’est plus brûlant. La fièvre doit être tombée.
Je leur ai donné mon essuie bleu fluo que j’avais acheté en Thaïlande en janvier, et qui était encore tout propre du lavoir de Chiang Mai. Le seul vrai lavoir que je me suis offert depuis ces 8 moi de voyages ! Il était même encore dans le sac plastique. So, il sait s’enrouler dedans pour la nuit. C’est dur à imaginer je sais, mais la nuit, il fait très frais ici à Calcutta. Et Sumir crèche à la rue avec sa Maman.

Calcutta, Salvation Army, 10 juillet 2002
Cet après-midi, on s’est rendu dans le marché aux fleurs, près du pont et de la gare d’Howrah. Toutes ces couleurs, dans tous les sens, et les gens encore plus sympas que nulle part ailleurs, c’était grandiose. Un délice pour les yeux et les narines! Ils nous disaient tous bonjour « salamalekum...alekum salam », car la plupart sont Musulmans. Ils donnaient tous des fleurs aux filles, elles croulaient sous les plantes en sortant, c’était génial. On s’est fait escorter pendant tout notre long tour par une meute de gamins et de plus âgés. C’était au bord du Gange. On y trouve des espèces de digues qui s’étendent à perte de vue. Les Indiens s’y rendent pour faire leurs ablutions, pour s’amuser à l’eau. Les saddhus fument le shilom en regardant le Gange suivre son paisible tracé. Tous les rastas babas sont rassemblés au même endroit, autour d’un grand arbre. Ils sont allongés sur le sol, on faisait doucement pour ne pas rompre l’unité et l’équilibre de leur monde ou de leur trip du moment. On s’est posé pour causer à trois hommes et une femme, qui devaient habiter dans le coin. En même pas dix minutes, on s’est retrouvé encerclés d’une foule de 40 Indiens qui avaient accouru des environs. 40, yes! Au moins 40 visages étaient en face de nous, à nous regarder de leurs yeux noirs et perçants, impassibles et doux, curieux et silencieux pour la plupart. Intrigués, aussi. Un peu comme ce genre de situation dans laquelle se retrouve ici au quotidien chaque étranger qui ne semble pas venir du pays. De la curiosité, un étonnement de leur part du fait qu’on a la peau blanche, que les filles ont les cheveux courts ou blonds, qu’elles ne portent pas le sari.

Une sorte d’admiration et d’émerveillement parfois, comme un enfant resterait bouche bée devant un phénomène qu’il ne comprend pas, ou qu’il ne connaît simplement pas. Ca peut mettre mal à l’aise, lors des premières heures passées sur le sol indien, mais chaque visiteur s’y fait rapidement, et n’en est même plus incommodé. Juste une question de spontanéité: l’Indien ne nous regarde pas du coin de l’œil, comme on le ferait dans nos sociétés occidentales. Il se lâche, ne ressent pas le besoin de passer par quatre chemins. Il ne se rend également pas compte, sans doute, que cela peut mettre mal à l’aise, car il n’a pas à l’esprit la non spontanéité de nos cultures à nous. Et c’est excellent! Ca mène tellement souvent à des situations hilarantes où l’on se retrouve avec une poignée d’admirateurs anonymes qui observent nos faits et gestes, qui écoutent nos paroles, par curiosité de voir un être différent d’eux. Et toujours cette douceur dans leur regard, ce shanti qui rassure, même si on est pas d’emblée habitué à se faire ainsi mater en silence par des inconnus qui restent là devant nous sans bouger!

Calcutta, Salvation Army, 11 août 2002

Calcutta possède véritablement une espèce de pouvoir d’absorption, de pouvoir aspirant qui peut mener à l’inertie physique. Aura. Léthargie. Je l’ai senti à chaque fois que je me suis posé ici. D’un autre côté, mon cerveau bouillonne en permanence. J’ai sans cesse de nouvelles idées qui me viennent en tête, sans cesse envie d’écrire ou d’échanger mes impressions verbalement. Mon esprit est libre, et de tellement nombreuses idées fusent sans cesse. Parfois, quand j’écris, ma main n’arrive même pas à suivre pour traduire mes mots. Elle est trop lente. Je retrouve cette sensation du nu sur voile blanc, que l’on sent tellement lorsqu'on se trouve largué seul dans des cultures et décors nouveaux et inconnus. Cette espèce de vide et d’espace infini, où le cerveau et son fonctionnement sont les seuls à rester comme repères, sans artifices, et se vident et s’expriment de manière beaucoup plus lucide et profonde, comme une lune dans le désert, en pleine nuit, nageant dans un ciel étoilé. C’est un peu ce genre de paysage intérieur, sans murs ni limites. Les idées et le cheminement intérieur sont alors tellement forts, je vais loin, beaucoup plus loin et profondément dans ma réflexion, je me sens pousser des ailes. Je sens s’ouvrir portes et fenêtres, et je fais entrer l’air frais, tel un ouragan dévastateur qui balaie le superflu et les voiles pour mettre l’intérieur à nu, face à lui-même, les yeux grand ouverts.
Calcutta, Salvation army, 16 juillet 2002
Hier, une énorme bagarre a éclaté à Sudder street. On a appris que c’était entre les dealers de drogue de la rue. Y en a un qui aurait été emmené d’urgence à l’hôpital, j’espère pour lui que c’était pas trop grave car sinon, le pauvre, il a de bonnes chances d’être déjà sur le bûcher de crémation vu l’excellence et la rapidité des samus locaux. Apparemment, c’était car un dealer de la rue avait piqué un client à un autre. Je restais à l’écart avec Raju, à regarder tout ça depuis son buibui qu’il n’allait pas tarder à fermer. Ils étaient bien 40, dont 10 occupés à se taper dessus, avec des cris hurlants dans tous les sens. Un drôle de spectacle.
A côté de l’Armée du Salut, y a un famille qui vit dans une petite maison, et j’ai appris qu’un des petits gosses, et je vois très bien lequel en plus d’après la description qu’on m’en a faite, est chargé par ses parents d’aller vendre du shit ou des substituts de coke ou d’héroïne aux gens dans la rue, tant Indiens qu’étrangers de passage. Un Australien s’est même fait proposer, dans un autre domaine, près de l’Indian museum sur Chowringhee, une pipe « by a very nice cute 12 years old girl ». C’était son père, ou son frère. J’ai aussi appris par une autre femme qui vit près de l’Internet où je vais toujours, qu’en fait la mère de Sumir a un mari, qui boit et se shoote toute la journée, sans travail. Et c’est ce type qui envoie sa femme et ses gosses dormir à la rue pour mendier, et l’éventuelle recette qu’elle se fait, lui revient à lui pour assouvir ses faiblesses. Et elle, dort à la rue, ça c’est vrai, puisque je la voyais tous les soirs tard, et tous les matins tôt, encore les yeux fermés sur le macadam de Sudder street. Les conditions de vie crasseuses ...et les infections ...et les maladies ...et les virées à l’hôpital en urgence pour les gosses qui sont en train de crever ...pendant que père-ordure se shoote chez lui!

Visage du Bengale


Red Kolkata


Ganga Catharsia


Rickshaw down the streets of Kolkata


New Market - Calcutta


 

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