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INDE - Calcutta
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05 Juillet 2002
Orphelinat-Vie des rues (partie 2 )
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On a commencé la journée en les mettant à la douche. Ils ont une vingtaine de trous fondés dans le ciment, qui servent de toilettes, avec des ceintures pour ne pas qu’ils tombent dans leurs gestes brusques et incontrôlés. Au-dessus de chaque toilette, le nom d’un gamin, écrit à
la craie. Puis, on les a mis à la douche.
Les sisters qui bossent avec nous paraissent parfois tellement sèches et rudes avec eux. Ca me choque presque par moments, mais ça doit être culturel. J’ai déjà pu constater tellement de fois en Inde que le rapport physique, que le contact est tellement plus dur que chez nous, tellement moins tendre, surtout entre adultes et enfants. Les Indiens supportent tellement plus que « nous », Occidentaux. Leur seuil de tolérance à la douleur et à la peine est de niveau tellement plus haut que le nôtre. Je ne devrais donc pas être choqué quand je vois les nonnes déposer les enfants après la toilette, sur le sol dans la douche, comme elles déposeraient leurs sacs à la maison quand elles rentrent d’avoir fait leurs courses au marché.
C’est comme ça, et les gosses n’ont pas l’air de se plaindre, alors je dois comprendre aussi. Après la douche et la séance habillage, qui n’est pas facile, car ils ont souvent les membres tordus et rigides, on les emmène soit à la chambre de physiothérapie, soit à la salle de classe, selon les besoins individuels de chacun.
J’ai donné un coup de main avec Massa, le Japonais. Il est kiné au Japon, et m’a expliqué comment leur faire faire des exercices. Des petits massages de jambes, de bras, de pieds, rotation des membres, on doit les faire asseoir sur des ballons. Tout est expliqué sur des tableaux accrochés aux murs avec des dessins. C’est pas dur, d’autant plus que j’avais un bon prof. Puis, dans la salle de massages et kiné, ils passent de la musique pour enfants, de la musique japonaise trop marrante, comme celles qu'on avait dans les dessins animés quand on était petit. Le petit bonhomme s’est même mis à bouger au rythme de la musique, donc je suppose qu’il était satisfait de son nouveau kinésiste!
Après quelques massages, la classroom .... J’allais dire « silence on passe en classe», mais elle est tout sauf silencieuse cette petite classe aux murs bleus qui se trouve dans le toit du bâtiment. Les enfants crient dans tous les sens, ils tapent avec tout ce qu’ils trouvent sur les tables, de manière à faire le plus de bruit. Ca tue les oreilles, mais l’ambiance est au rendez-vous. Ils s’amusent, on se marre à jouer avec eux, et c’est tout ce qui compte!
On les aide à colorier leurs dessins, à compter en hindi ou en anglais. Enfin, c’est plutôt moi qui ai commencé à apprendre à compter jusque 10 en bengali. C’est plus un moment de détente avec eux qu’un véritable ouvrage didactique, mais c’est tout autant indispensable pour leur éveil.
Vers 10 heures, le tea time, sur le toit surplombant ce quartier moyen-âgeux et humide entre les palmiers et les végétations de jungle. Et cette chaleur, déjà vers 10 heures du matin. On se retrouve sur le toit, entre les draps fraîchement lavés et accrochés sur des cordes, séchés dans la minute sous le soleil brûlant. C’est le moment de pause pour les volontaires, les nonnes et le « personnel » du home, composé de dames indiennes dont les enfants sont hébergés au home pour certaines. On se retrouve et les nonnes servent d’interprète pour que l’on puisse s’échanger entièrement. J’aime cette richesse et cette diversité, cette concentration d’horizons si différents qui se retrouvent sur ce toit perdu en plein centre de Kolkata.
Après la pause, on donne le dîner aux enfants. Ils sont tous là, autour de grandes tables, à manger en en mettant partout. Certains n’ingurgitent rien, alors on les accompagne tout particulièrement. Je me suis occupé de Virginia, une petite fille aveugle qui rie tout le temps. La sister m’a demandé de faire en sorte que je lui apprenne à bien manier la cuiller seule, et de ne pas le faire moi-même pour que, quand personne ne sera là pour l’assister, elle puisse se débrouiller elle-même. Ca me rappelle un slogan de l’UNICEF, je crois, qui disait "achète-lui un poisson aujourd’hui, il mangera aujourd'hui, apprend lui à pêcher, il mangera toute sa vie" ...et il n’y a rien de plus vrai! Lorsque les jeunes ou moins jeunes sortent de ces différents centres, ils essaient de les réinsérer dans de l’artisanat ou autres. Ainsi, au centre des lépreux de Tittagarh, ils s’occupent de tout ce qui est textile. Ce qui leur permet par la suite de se refaire une vie digne, avec un travail décent pour commencer. Pour re-commencer.
Vers 12 heures 30, après avoir quitté Danny qui pleurait derrière la grille, je suis parti manger avec Petra et Gregor chez un petit marchand des rues. Y avait qu’un seul truc à 10 roupies, qui mijotait dans une énorme casserole, du paneer massala avec du riz. On a tenté même si l’aspect de ce machin n’était vraiment pas très frais, mais c’est passé. Enfin, pour le moment…
Ensuite, retour que je pensais rapide à Sudder street, pour ensuite partir bosser l’après-midi de 3 jusque 6 heures, mais ça s’est passé autrement. En mai, j’avais rencontré Sumir, qui traînait toujours à la rue avec son petit frère et sa mère. Il a 5 ans, et courait toujours tout nu. Je lui avais acheté un t-shirt. J’hésitais, car les femmes qui traînent en rue ont ici la réputation d’aller mendier toutes sortes de choses, tout particulièrement chez les étrangers, pour aller ensuite les revendre directement et en retirer l’argent équivalent. Parfois pour elles ou, la plupart du temps, le filer à leur « mac ».Je lui avais fait promettre qu’elle ne le revendrait pas, et qu’elle le laisserait à son fils. Deux mois après, il le porte toujours !
Hier, j’ai revu la mère de Sumir à Sudder street, à ma plus grande surprise car elle m’avait dit il y a quelques temps qu’elle se barrait pour aller visiter sa mère très malade en banlieue. Et elle était là, toute contente de me revoir, et moi de même. Je lui ai demandé directement : « where is Sumir? ». She said: «oh, Sumir very sick ».
On a traversé la rue. Sumir était là, entièrement recouvert d’une grosse et sale couverture, il était rempli de croûtes sur la tête et les bras, son front était brûlant. Elle disait que c’était la malaria. Quand elle a soulevé la couverture, il pleurait, mais n’ouvrait même pas les yeux. Alors là....merde, j’étais trop mal. Il était là, ce petit bonhomme que j’avais connu toujours joyeux, qui courait chez moi depuis l’autre bout de la rue en se faisant presque écraser dès qu’il m’apercevait, et là, il était en train de tituber en dessous d’un sac en jute, ou je ne sais pas trop quoi.
Je lui ai demandé si elle n’avait pas vu Eva, l’infirmière allemande qui habite non loin de là, mais elle est apparemment partie pour quelques jours dans un centre en banlieue. Je lui ai dit d’attendre. J’ai été à la Salvation Army, je leur ai demandé l’adresse d’un hôpital, ou dispensaire, ou n’importe quoi.
Ils m’ont donné l’adresse d’un hôpital non loin d’ici, juste derrière le New Market dans le quartier musulman. J’ai pris 500 roupies, sans vraiment penser plus loin. Il commençait à pleuvoir, Sumir était dans mes bras, sous mon poncho en plastique. Il pleurnichait, mais je lui tapotais le dos doucement en lui disant « atcha , atcha », meaning « ok ok » , et il se calmait un peu. Emma m’a accompagné, avec le petit frère sous le bras, et son gros sac, qui est en fait sa maison et ses seules possessions. Je voulais qu’elle m’accompagne bien sûr, car on ne sait jamais ce que les Indiens pourrait imaginer en me voyant avec un gosse mal en point sous le bras. Faut toujours faire gaffe ici, à la police notamment. Car un policier malveillant peut toujours essayer de te sous tirer le bakchich avec une tête de blanco, en prétextant n’importe quoi sur ton compte, alors même que toi, t’es en train d’humblement prêter ton aide à quelqu’un d’autre.

Douches publiques dans les rues de Calcutta


City of joy family


Chaos


Rickshaw serial - New Market- Kolkata


Castes indiennes


 

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