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INDE - Calcutta
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04 Juillet 2002
Orphelinat-Vie des rues (partie 1)
| 6 commentaires 6 commentaires

Calcutta, Salvation Army, 4 juillet 2002

J’ai commencé hier à Dya dhan, un orphelinat fondé par Mère Thérésa. A 6 heures, dring dring ...le réveil qui sonne. Ce bruit que je déteste (peut-être le plus horrible son qui puisse exister au monde ...). Je me lève, la douche sous ce jet d’eau tellement rafraîchissant qui tombe brut en ligne droite, violemment de cette canalisation avortée du plafond. La brosse à dents, mes sandales et j’étais dans le quartier musulman à marcher comme un zombie, au rythme des chants du mueddin qui récitait ses prières du haut de sa tour. Et toujours la même ambiance : Calcutta qui s’éveille, les quelques gens qui se reposent encore à 6h30 du matin sur le trottoir, les rickshaw qui te proposent déjà de t’emmener pour quelques roupies je ne sais trop où, et les hommes et enfants qui se lavent en jupes à la douche ...dans la rue. Ces douches qui sont de petits endroits aménagés aux coins des rues avec des pompes et des carrelages, où hommes se tiennent ensemble, vêtus de leur longis, à s’enduire de savon et à s’asperger d’eau de toute part, avant d’attaquer la journée rude et torride. Ils se brossent les dents avec des morceaux de bois, une sorte de réglisse made in India. Frappant est le fait de constater combien ils sont propres et nets de leur personne : toujours bien rasés, les cheveux soigné, leurs vêtements très corrects, alors qu’ils se lavent dans le confort d’une pompe aménagée au coin de la rue, dans un sanitaire commun où les femmes vont ensuite laver le linge plus tard en journée. Je dis « coin de la rue » et non « bout du trottoir », car dans ces quartiers, il n’y a pas de « trottoirs » à proprement parler. La voie des passants et des rickshaws ou charrettes est la même, ils sont obligé de se manifester pour fendre les foules désorganisées et déambulant spontanément. Quand je passe à leur hauteur, je les salue, ils prennent toujours le tout avec humour, ils me font signe de me joindre à eux pour partager ce moment aquatique, comme des gosses t’inviteraient en rigolant à la baignade. Et ces sourires, et cette bonne humeur, qui t’envahit déjà de grand matin, avec les premiers rayons du soleil qui habillent ces quartiers pauvres de leurs tons orangés. Les premières odeurs de biscuits ou samosa cuits à la friture, les échoppes qui garnissent leurs étals de fruits remplis de mouches, ou de pâtisseries typiques qui s’empilent, formant de petites pyramides safran, blanches ou rouges. Les enfants qui partent à l’école en uniforme, d’autres qui errent à la rue, les cheveux crépus et broussailleux, nu pieds, la mine envoûtée, qui passent devant toi le regard vide et qui parfois, si tôt dans la journée, ne pensent pas encore à te demander des roupies.
La foule qui se disperse soudain, pour laisser passer un rickshaw, avec à son bord un gros ou une grosse Indienne qui s’offre son service, et qui regarde la foule du haut de son char. Les couleurs des saris aussi, qui t’aveuglent et qui agrémentent les rues de leurs épices de couleurs…
Je suis d’abord passé à la Mother house à 7 heures, pour le déjeuner. Il est offert tous les jours pour les volontaires des différents centres, dispersés dans toute la ville. Un trop bon moyen de commencer la journée. Non pas du fait du délice de ce qui nous est proposé, mais de l’énergie qui se dégage de tous ces gens motivés à passer leur journée à donner un coup de main aux Indiens. Je devais aussi absolument y aller, car je ne connaissais pas le chemin pour arriver à Dya dhan, et quelqu’un devait me le montrer, un jusqu’alors inconnu que je devais par chance croiser là-bas.
On peut aussi assister à la messe quotidienne de 6 heures, mais ça , j’avoue que ça ne me vaut pas ça! Le « recueillement » est d’autant plus profond en étant en forme, et en agissant concrètement la journée je trouve. Au moins ça, c’est fertile et productif. Loin de moi cette idée de m’agenouiller à contempler une statue de pierres pendant une heure, une statue qui ne bouge même pas et qui n’a pas besoin de mon aide !
Oh, le déjeuner est toujours aussi simple : une banane, un morceau d’une espèce de pain, et du thé insipide. Et ça descend tout seul. Le sourire des nonettes et des gens qui y bossent sont là pour donner les premiers rayons de soleil et du goût au thé qui n’en a pas.
J’ai retrouvé Petra et Gregor, deux Slovènes qui ont commencé avec moi à Dya dhan yesterday. On a trouvé un Japonais, Massa, qui s’y donne depuis deux semaines, il nous a montré le chemin. Rapidement réveillés dans un bus bondé, on s’est ensuite tapé une demi-heure à pied avant d’arriver au home des enfants. Je crois que la prochaine fois, je prendrai le métro qui n’est alors qu’à quelques minutes à pieds de Dya dhan, sinon ça met trop longtemps.
Le home est divisé en deux parties. Au rez-de-chaussée, les enfants légèrement handicapés, majoritairement des garçons. Au premier, les petites filles et les enfants plus lourdement handicapés. J’ai choisi de bosser au premier. Il doit y avoir une trentaine de gosses à chaque étage.
J’ai réalisé en entrant que j’étais déjà passé ici il y a deux ans. J’étais juste passé quand on faisait le tour des différents centres, pour voir à quoi ça ressemblait et constater s’il y avait moyen d’y être utile au cas où je compterais y revenir dans le futur pour y prêter ma main. Je me rappelle avoir vu là, près de l’escalier, en rentrant il y a deux ans, deux volontaires assis à une table qui donnaient à manger aux gosses. Je les observais, et j’avais commence à rêver. Je voulais être à leur place. Puis, j’ai essayé de préserver ce rêve. Les mois ont passé, et en deux ans, j’ai tout mis en œuvrer pour pouvoir revenir ici. J’ai garde ma volonté envers et contre tout, je ne me suis pas vendu, comme j’aurais pu par contre facilement le faire. Et voilà, hier matin, j’étais là, au premier étage, en train de donner du riz aux pommes de terre à une petite fille aveugle.
La plupart des gosses du premier sont quand même lourdement handicapés, physique ou mentalement, ou même parfois les deux. Un petit bonhomme est tellement mystérieux. Je n’ai pas retenu son nom, car il est trop compliqué, je devrais l’écrire. Il a de ces yeux, noirs, tellement noirs. Il te fixe pendant des heures sans bouger, t’arrives pas à t’en décrocher. Puis, de temps en temps, il rompt cette méditation mutuelle et tacitement engagée d’un petit sourire, qu’il esquisse timidement et brièvement. Il est comme une poupée, tout flasque, sans aucun ressort. Il doit avoir un grave problème osseux. Quand on l’a mis à la douche, j’ai dû le porter ensuite pour aller le rhabiller, mais en le touchant avec une extrême précaution, car sa tête tombait toujours en arrière comme chez les nouveaux-nés. Mais lui, il doit au moins avoir 6 ans ...
Un autre petit bonhomme adorable s’appelle Danny. Il trotte toujours au premier, mais je me demande bien pourquoi d’ailleurs, car il a l’air d’apparence tout à fait « normale » (je déteste ce mot, qu'est-ce qu’il peut bien représenter après tout!). A mon avis, il vient juste là en visite, pour voir comment ça se passe. Il veut toujours qu’on le prenne dans nos bras. Alors là, moi j’ai raflé le grolo, il me suit tout le temps, même quand je suis occupé avec les autres ! Alors je le porte un peu, il joue avec mes colliers en m’appelant « uncle ». Quand on est parti vers 12h30, il pleurait à la mort, il ne voulait déjà pas que je parte. Et ce n’était que le premier jour, ça promet. Alors la sister a fermé la grille et m’a dit de me tirer, car au plus je restais, au plus ça risquait évidemment d’être difficile.
Cruel de voir comment tous ces gosses sont en manque d’amour et de simple attention. Ils sont tellement gourmands, tellement demandant et réceptifs à ce que tu donnes.

Mega, petite patiente à Dya Dhan


Mother and Child


Foule rassemblée au jour de la fête nationale


Pont de Howrah


Pont de Howrah


 

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