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L'épopée du Champigny
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01 Mai 1982
L'écume des jours
| 5 commentaires 5 commentaires

Quête ou exil, découverte au jour le jour ou recomposition d'un souvenir, le récit de voyage évoque le déplacement d'un lieu à un autre, un espace ou un milieu à explorer, un départ et souvent un retour, inscrits dans une durée déterminée. Pour garder le souvenir d'un voyage, on en fait le récit, on en montre des photos, des images dessinées sur le vif, des collections d'objets. L'écriture de ce voyage est l'occasion de faire découvrir au lecteur les impressions ressenties ; elle incite à confronter le rêve à l'expérience, c'est une invitation à l'évasion.
Ainsi peut-on définir l’état d’esprit dans lequel je me trouve en prenant la plume, et en vous proposant d’embarquer, avec moi et une bande de copains pour, la plus improbable des traversées : celle du souvenir.
Le récit que je me propose ici de vous rapporter nous conduira des plages de la Normandie et ses verts pâturages baignés par les eaux de La Manche, jusqu’aux eaux claires et limpides des récifs brésiliens, dans des lieux aux noms de café et aux accents de samba ; en passant par les îles du Cap Vert, et leurs décors de carte postale ; sans omettre le littoral sénégalais, et ses senteurs épicées.
N’ayant pas vécu cette expérience, je me propose de revivre avec vous cette période de la vie de mon père à travers son regard et divers témoignages de proches.
Philippe n’est pas tombé dans l’océan quand il était tout petit. Il n’est pas né au bord de la mer à La Trinité, Saint Malo, ou sur la Côte d’Azur. Non Philippe a vu le jour au Mans sur les rives de la Sarthe. Pourtant la mer n’est pas si loin du domicile familial où il grandit avec ses parents et son frère. En effet chaque été cette petite tribu prend la direction de nos ravissants rivages français. Plus tard, ces mêmes étés seront mis à profit pour se familiariser avec la vie portuaire de la presqu’ile de Crozon, en étant saisonnier dans un café de Morgat dans le Finistère. Et pourtant lorsqu’à sa majorité venue, il embarque sur le porte-avion FOCH afin d’accomplir ses obligations militaires, il n’est pas si loin le temps où encore enfant, au lieu de construire des châteaux de sable, le petit Philippe préférait explorer le monde sous marin, un bocal en verre faisant alors office de masque de plongée.
« Partir c’est mourir un peu ;
C’est mourir un peu à ce qu’on aime.
On laisse un peu de soi-même
En toute heure et dans tout lieu. »
Rondel de l’adieu
Ces quelques vers célèbres de Edmond HARACOURT mettent en lumière l’influence d’un départ sur nos proches, mais aussi le fait que le voyageur à défaut de laisser une trace physique de son passage, peut revivre par le souvenir, dans l’esprit des gens rencontrés. Ainsi, le navigateur n’est plus le seul détenteur du souvenir : il laisse des témoignages de son passage à chaque escale.
C’est sur cette constatation que se base la relation de partage que nous allons mettre en place tout au long de cet exercice de mémoire.
En effet, si un marin laisse une femme dans chaque port, il y laisse aussi des souvenirs, et c’est par le récit de voyage, que nous allons ensemble nous transporter au travers de l’atlantique, océan redouté et convoité par les hommes depuis l’antiquité. Que ce soit par les flots ou par les airs, sa traversée demeure chronologiquement un exploit, une découverte, un commerce, une croisière, en passant par des expéditions militaires, et mêmes des courses de vitesse.
Loin de l’aventure de la Pinta, la Nina et la Santa-Maria ou du faste du
Queen-Mary, l’épopée que l’on se propose de suivre ici n’a pas établi de record, ni permis de libérer de pays, en revanche, c’est non loin des plages du débarquement, qu’elle prend place.
CHAPITRE PREMIER
Le départ imminent de la Loire à l’Atlantique

Le port de Granville, aux portes de la baie du Mont Saint-Michel, reconnu pour la pêche des poissons plats et des coquillages, sera en effet le théâtre de la scène d’exposition de notre récit qui va nous emmener au fil des escales, des rencontres, et des événements, dans l’hémisphère sud, en plein cœur du climat tropical brésilien, bercé par des aromes de café et par le rythme de la samba.
Si l’on se réfère à une citation de André SUARES, écrivain Français, qui soutient la thèse que : « le voyageur est encore ce qui importe le plus dans un voyage ».
On se doit de présenter les acteurs de cette aventure, que l’on peut même qualifier sans être accusé d’emphase, d’aventure humaine et personnelle. Car au delà de l’aspect voyage et découverte de nouveaux horizons, on peut aisément imaginer la dimension humaine d’un tel projet, on ne vit pas sur un bateau à sept comme sur la terre ferme, la fuite et l’isolement sont ici impossible, seul la confiance et l’entente doivent régner. Mais là ne sont pas les seuls maîtres mots de ce départ, on retrouve également la dimension humaine de ce projet à travers la préparation, qui a nécessité un investissement personnel de chaque instant et des sacrifices quotidiens. Le dépassement de soi même, la découverte et l’évaluation de ses propres limites mais aussi de celles des autres, l’évasion, le sentiment de liberté, l’ouverture au monde, sont autant de paramètres qui s’ajoutent et confortent l’utilisation de ce qualificatif aux apparences pompeuses. Il s’agira donc dans la suite de présenter au-delà des faits et des émotions, les hommes, en tant qu’acteurs et spectateurs, d’un monde qui s’est offert à leurs yeux, mais aussi en tant que personnes dotées d’une histoire et d’une personnalité propre, ayant eu envies de partir et de repousser les limites de ses connaissances et de son imagination. Et si la mer sépare les peuples et les continents, c'est par elle qu’ils ont envie d'aller à leurs rencontres. Ce voyage sera donc riche en rencontres, en découvertes et en échanges.
« Un voyage s’inscrit simultanément dans l’espace, dans le temps, et dans la hiérarchie sociale », disait l’ethnologue et voyageur insatiable Claude LEVI STRAUSS. C’est par ce précepte, que je me propose de poser les jalons de l’aventure pour laquelle nous nous apprêtons à embarquer.
Nous sommes à la fin des années 1970, alors que le monde entier subit les crises pétrolières, devenues monnaies courantes, marquant les débuts de cette période qui s’étalera sur vingt ans et que certains appellent encore « les vingt piteuses ».
En France, les radios diffusent en boucle le dernier tube de John Travolta & Olivia Newton-John « You're the one that I want», nous nous trouvons en fait à ce stade du récit encore loin de la mer, nous sommes dans le Maine-et-Loire plus précisément en la ville de Saumur, et Philippe G. dit Fangio, Pascal K. dit Pélot, Philippe G. dit Guiche, Patrick G. dit Gégé, Gérard M. dit Bob, Jean Alain L-B dit Jo BRANQ, alors fraîchement diplômés d’un Brevet de Technicien Supérieur en Moteur à Combustion Interne, bien que se souciant comme tout le monde de la flambée du prix du baril de brut, se réunissent encore pour profiter, ensemble du produit de la vigne, dans les caves couvertes de salpêtre du Saumurois. C’est ainsi que dans une atmosphère de franche camaraderie, nos amis célèbrent ensemble leurs réussites scolaires, récompensant deux années d’efforts et de rigueur, qui n’a rien à envier aux cavaliers émérites du Cadre Noire, qui font encore la renommée de ce chef lieu d’arrondissement, au confluent du Thouet et de la Loire. C’est alors, qu’au milieu des rires et des chants, va naître d’une discussion, le projet, qui les conduira, quelques années plus tard à quelques milliers de nautiques des vignes et des châteaux de la Loire; qui font le décor quotidien de nos protagonistes depuis maintenant deux ans. Le Sujet est pourtant simple, tous calculs effectués, il reste à la fin de leurs études à nos amis, un pécule qui une fois distribué à chacun, leur permettrai individuellement de procéder à l’achat d’une RENAULT 5, bien sûre ce n’est sans doute pas ce dont on rêve à vingt ans, mais lorsque l’on se lance dans la vie professionnelle, c'est toujours pratique.

 


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